IV. — LA STATIQUE ECONOMIQUE DE RICARDO
celui OÙ raccumulation du Ccapital croîtrait par la renonciation aux consommations de luxe, où dès lors la production de la masse des objets de première nécessité augmenterait plus vite que la population ; il y aurait là engorgement général de ces produits. J. Mill rejetait cette hypothèse (1). Malthus s'en empare. Ricardo croit que la crise ne sera que temporaire, l'accroissement de la population y apportant un remède ; mais IMalthus montre quel long intervalle séparera du moment où la population, en âge de travail, pourra rétablir l'égalité de l'offre et de la demande (2).
C'est ainsi qu'en rapprochant la conception abstraite de l'équilibre économique des conditions réelles dans lesquelles il doit s'accomplir, Malthus ébranle les doctrines de ce qu'il appelle l'école nouvelle, celle de Ricardo ; mais s'il s'allie, dans la critique, à Sismondi, sa critique n'atteint pas les fondements mêmes de l'organisation sociale, ce n'est pas là qu'il cherche les causes ultimes des crises périodiques. Sismondi aura seul cette audace.
Le génie inductif de Malthus reparaît dans sa critique de la théorie des crises.
Eloigné de Ricardo par la méthode, il l'est profondément aussi dans la doctrine, et il importe de marquer les divergences les plus générales afin de permettre un jugement d'ensemble.
Malthus dilTérait de l'école de Ricardo sur trois points fondamentaux qu'il a signalés lui-même : la théorie de
(1) James Mill, Eléments, trad. Parisot, p. 2d8-2j9.
(2) Malthus, Principes, édit., Guillaumin, ch. i, section III, p. 278 et suiv. Quavterly Review, january 1824, p. 3:.8 et suivantes.
James Bo.xar, Malthusand his Work, p. 292 et suiv.
la valeur, l'influence de la loi de l'offre et de la demande, les causes régulatrices des profits. L'école de Ricardo admettait, en général, que la valeur échangeable des marchandises est détermine'e par la quantité de travail appliquée à leur production ', que les variations de l'offre et de la demande ne peuvent exercer qu'une iafluence temporaire sur la valeur des produits, hors les cas de monopole ; que la productivité décroissante du sol est la cause unique des variations du taux des profits. Ces divergences pouvaient trouver une expression plus simple encore : Malthus avait été conduit par ses études à considérer que la valeur des produits est déterminée, non par la quantité de travail qu'ils renferment, mais par celle qu'ils peuvent acquérir \ il admettait que les variations de l'offre et de la demande peuvent déterminer des changements durables dans la valeur des produits ; il voyait, dans l'accumulation et la concurrence des capitaux, la cause régulatrice, dans la productivité du sol, la cause limitatrice des profits.
L'opposition se ramenait essentiellement à la théorie de la valeur. Pour Ricardo, la masse des marchandises produites par la même quantité de travail restait essentiellement de même valeur, les perturbations dans les rapports de valeur n'étaient dès lors que particulières et temporaires; pour Malthus, c'est la valeur de la même quantité de travail qui restait essentiellement constante ; au contraire, les marchandises produites par la môme quantité de travail, pouvaient varier de valeur, même dans leur ensemble, et ces variations se répercutaient sur les profits.
Pour Ricardo, c'est le changement dans la valeur du travail qui était le facteur essentiel du mouvement social de la richesse; pour Malthus, c'était le changement dans