IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
la valeur du produit du travail; et fidèle à l'iiiduclion, il invoquait l'expérience accomplie avant et après la grande guerre (1).
On a vu que Ricardo a dans quelque mesure atténué sa the'orie de la valeur ; la durée de l'action de l'offre et de la demande, que Ricardo qualifie de temporaire, présentait peut-être à sey 3'eux plus d'élasticité que ne l'admet Malthus.
Mais pour tous deux, l'encouragement ou le découragement de la production dépendait immédiatement du taux des profits, auxquels ils assignaient des modificateurs distincts. Le profit était pour les deux grands théoriciens de la phase capitaliste naissante, le gond puissant sur lequel tourne tout capital productif.
On a vu que l'ordre naturel de subordination des phénomènes exclut, aux 3'eux de Ricardo, toute surproduction générale, parce que l'intérêt du capitaliste lui prescrit de le suivre, et que cet ordre tend d'une manière générale et constante à être suivi dans un monde abstrait ; cependant n'est-il pas troublé, profondément et constamment, dans l'état historique qui se déroulesousles yeux des économistes? Sismondi le soutiendra contre Ricardo, il soutiendra que des forces irrésistibles pourront déterminer l'inversion même de cet ordre naturel, et avec elle des crises générales, et plus encore, franchissant la limite 011 Malihus est resté, il recherchera la cause ultime de ces perturbations de l'équilibre mobile de la vie des nations, dans la dissociation et l'insolidarité du capital et du travail même ; les phénomènes de répartition seront à la base; ainsi le problème social sera posé tout entier, et ce sera la portée considérable de
{l)Quarterly Revieiv, january I82'j, p. 332-333.
l'œuvre critique de Sismondi. Ainsi aussi il attachera la qualification redoutable de chrématistique à la science, dont Mac Culloch exprime les tendancespardes formules comme celle-ci : « augmenter la reproduction annuelle, la porter aussi loin qu'elle peut aller, en de'barrassant de toutes entraA-'es, et en animant l'activilé des hommes, voilà le grand but que doit se proposer le gouvernement » (l).
§ 4. La théorie de l'impôt de Ricardo et la répartition des richesses. — Ricardo attachait une grande Importance à la théorie de l'impôt, et regrettait avec Turner que les économistes de son temps y donnassent peu d'attention (2). Il reprochait aux hommes d'Etat de se préoccuper beaucoup plus du produit à tirer des taxes, que de leur influence sur la prospérité et les ressources du pays. M. Leslie Stephen a montré à quel point l'aggravation des charges publiques, pendant la grande guerre, rendait cette étude nécessaire (3). IMais en appelant les lumières de la science pour éclairer complètement l'opinion, et opposer sa force aux gouvernements, Ricardo se croyait incapable de produire l'œuvre scientifique dont il proclamait la nécessité (4). Les considérations qu'il a publiées se lient intimement, dans ses Principes^ à la répartition même du produit annuel de la terre et de l'industrie, et sa préoccupation est de rechercher comment cette répartition peut être modifiée par l'impôt, qui n'est autre chose que la portion de ce produit mise à la dispositiondu gouvernement. La science des finances
(1) M.vc Cl-lloch, Principes d'économie politiques, trad. de Planche, I, p. 242.
(2) Lettersof Ricardo ioMalthiis, p. 164.
(3) Leslie Stephen, English Ulilitarian», II, 194.
(4) Letters of Ricardo to Troiter, p, 163.