‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 106 sur 229 · IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO · texte numérisé non relu

IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO

détachée de la sociologie et de l'éthique, où la richesse plutôt que l'homme à qui elle est destine'e semble la fin à poursuivre. Il en est un autre. C'est que placé au point de vue d'une entreprise capitaliste, on est conduit à considérer les travailleurs comme moyens de production, et cette conception se projette dans la théorie de l'impôt. Le salaire est rejeté en dehors du revenu net. C'est qu'en effet les frais nécessaires de la production sociale se ramènent aux salaires, d'après Ricardo, quand ils sont modérés. De là une troisième proposition : des trois parts entre lesquelles se divise le produit de la nation : le salaire, le profit, la rente, ces deux dernières supportent seules l'impôt. Le salaire en tant qu'exprimant les frais de production nécessaires en sera exempt.

C'est dans la détermination de ce plan horizontal qui sépare le revenu, atteint par l'impôt^ du salaire exempt de l'impôt, qu'apparaissent les diflicultés d'interprétation de la théorie de Ricardo. C'est là qu'il faut rendre sa vraie pensée ; on doit distinguer ici le salaire nécessaire du salaire naturel, et celui-ci du salaire courant. « Supposons, dit Ricardo, que le travail d'un certain nombre d'hommes soit nécessaire pour créer cette valeur (du produit brut), et qu'enfin le strict nécessaire de ces ouvriers exige une dépense de 10 millions, je dirai dans ce cas, que le revenu brut de la société est de 20 millions et son revenu net de 10 millions (1). L'emploi des termes strict nécessaire, objets àQ première nécessité (2), comme expression de salaire réel, a porté à penser qu'aux yeux de liicardo c'est un minimum physique, invariable, de subsistances, qui constitue le salaire exempt d'impôt,

Cl) rrincipes, trad., édit. Guill., p. 390. ^7^ u,i,i n ISA

(2) Ibid., p. 186

le minimum d'existence, le salaire nécessaire soumis à l'inflexible loi d'airain » (1).

Mais il résulte d'autres textes de Ricardo, qu'il parle de salaire naturel, mobile dans le temps, suffisant à un moment donné pour faire subsister et perpétuer la population ouvrière (2). Les termes ci-dessus cités : quand ils sont modérés, portent aussi à penser qu'il s'agit d'un minimum historique, variable avec le standardof life (3). En quelque point qu'il soit fixé par l'habitude, et par la coutume, il semaintient aux yeux de Ricardo, sans même que les énergies individuelles s'appuient sur l'entente collective des ouvriers. Le standard of life tend ainsi, d'une manière constante, à se soustraire à l'impôt, et à marquer la distinction du revenu imposable et des frais nécessaires de production. 11 n'en sera plus de même pour le salaire courant, qui dans la marche de la civilisation, peut se maintenir plus haut pendant un temps déterminé (4). Après avoir supposé que le produit national vaille 20 millions, et que le strict nécessaire des ouvriers s'élève à 10 millions, Ricardo ajoute: « Je dirai, dans ce cas, que le revenu brut de la société est de 20 millions et son revenu net de 10 millions. Tl ne résulte pas cependant de cette hypothèse, que les ouvriers ne doivent recevoir que 10 millions pour leur travail : ils pourraient recevoir 12, 14 ou même 15 millions, et entrer ainsi en partage du revenu net, pour une somme de 2, 4 ou 3 millions (5). » Et caressant une telle hypothèse, il

(1) H. ScHMiDT, Die Steuerfrciheil der Existenzminimums, p. o2 •et suiv. et AsHLEY, Economie Journal, I, i8o, 1891.

(2) Principes, trad., p. 194, et surtout p. 128.

(3) Cf. Introdiictory-Essay, de Gonuer aux Principles, p. 42.

(4) Principes, trad., p. 68.

(5) Ibid., p. 390.

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