‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 109 sur 229 · V. l'œuvre critique de SISMONDl · texte numérisé non relu

V. l'œuvre critique de SISMONDl

§ 1. — La phase de l'histoire des doctrines économiques et socialistes, à laquelle nous sommes parvenus, est caractérisée par une réaction énergique et complexe contre la science telle que les elTorts successifs d'Adam Smith, de Malthus, de Uicardo l'ont constituée. Elle se présente à nous comme une œuvre synthétique puissamment déduite de trois lois fondamentales auxquelles ces grands penseurs ont attaché leurs noms : une loi dérivant de la nature morale de l'homme, — loi psychologique, — une loi dérivant de la nature physique de l'homme, — loi biologique, — une loi dérivant des propriétés du milieu extérieur, sur lequel s'exerce l'activité productrice de l'homme, — loi physico-chimique.

Nous avons vu Adam Smith tenter de rompre cette association profonde du droit naturel et du mouvement social de la richesse, reconnue par les Physiocrates, et par laquelle l'économie politique apparaissait comme une véritable sociologie économique. Il s'applique à

(1) Seligman, On the shifting and incidence of taxation, 1892, page 38.

Denis II. 18

mettre en pleine lumière le principe permanent de toute l'activité économique des nations : l'intérêt personnel ; c'est de l'opération sans contrainte, dans des conditions d'absolue liberté, de ce principe d'action, guidé à ses yeux par une main invisible, qu'il attend la réalisation de l'ordre et du progrès dans la société économique. Malthus a considéré l'homme comme animé d'une tendance uniforme et constante à multiplier son espèce plus rapidement que les subsistances, et à ébranler par là l'équilibre fondamental entre la société et son milieu physique : c'est-à-dire la condition essentielle de la vie collective. Le seul frein de la population que la raison et la morale puissent reconnaître, Malthus l'a placé dans l'individu lui-même, dans un effort persistant pour discipliner ses instincts. Ricardo, coordonnant le principe d'action d'Adam Smith, la loi de population de Malthus, et la loi formulée par Turgot, par West et par Malthus, la loi de productivité décroissante des agents naturels, qui exprime la résistance croissante de la nature à répondre aux besoins de subsistance de l'homme et à ses efforts productifs, a présenté une théorie générale et synthétique de la répartition des richesses, qui restera comme l'un des monuments les plus remarquables de la pensée abstraite. C'est ainsi qu'au point où nous sommes parvenus, l'intérêt personnel est le moteur unique de tout le développement progressif de la production des richesses, et la contrainte morale personnelle est le régulateur, en dernière analyse, de leur répartition. Pour Adam Smith, l'Etat a pour fonction fondamentale d'assurer la libre opération du moteur social. Pour Malthus et Ricardo, aucune intervention positive de l'Etat n'est jugée admissible en faveur <les plus faibles dans la lutte économique, aucune discipline de l'individualisme, aucun

Page 1