‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 110 sur 229 · V. — l'œdvre critique de sismondi · texte numérisé non relu

V. — l'œdvre critique de sismondi

frein à la concurrence. La réaction qui se produit alors el dont nous abordons l'histoire présente plusieurs formes auxquelles se rattacheront encore, plus ou moins modifiées, les écoles contemporaines, en lutte contre l'école de la liberté naturelle et de l'ordre naturel. D'une part, en persistant à se rattacher à l'enseignement d'Adam Smith mais en y apportant des modifications profondes, elle prendra une direction morale ou éthique, en subordonnant la considération de la richesse à celle de l'homme.

En se plaçant plus exclusivement au point de vue de la méthode scientifique, et en se prononçant surtout contre la tendance abstraite de l'école classique et la prédominance des méthodes déductives, elle prendra une direction induclive et historique : celte direction se lie d'ailleurs à la première. Enfin, condamnant, lorsqu'il est exclusif, et même déclarant fondamentalement faux et funeste à la société le principe dirigeant de l'intérêt personnel et de la concurrence illimitée, elle prendra la direction socialiste, en cherchant souvent à l'origine un fondement exclusif et absolu dans un sentiment opposé à l'égoïsme : l'altruisme.

A mesure que l'on s'éloigne de l'époque où vécut Sismondi, on apprécie mieux l'infiuence considérable qu'il a exercée, on marque mieux sa place dans l'histoire des idées. Sa grande et noble figure se détache aujourd'hui éclairée de toutes les lumières de la critique7moderne, et, chose étrange, son influence n'a jamais été^aussi profonde et aussi manifeste pour quiconque a saisi la marche des idées, qu'au moment où son œuvre parait complètement oubliée. Il pénétra partout l'économie politique du sentiment humain, il contribua à donner à des économistes illustres la direction fondamentale de leurs préoccupations. J.-S. Mill lui dut en partie, à mes yeux,

d'avoir assigné à la répartition des richesses la- place qu'elle occupe dans ses Principes, et surtout son caractère historique et modifiable. Thornton a vraiment illustré sa théorie de la Population. Son œuvre a puissamment fortifié la partie critique du socialisme : ainsi l'école Saint- Simonienne y a d'après moi largement puisé. Tout le système des contradictions économiques de Proudhon est peut-être contenu dans son antinomie de la valeur d'usage et de la valeur d'échange ( 1 ;. Karl xMarx s'est assurément pénétré de ses vues sur la plus-value, sur le fonds des salaires, sur les crises et sur la population. Quant aux socialistes de la chaire et aux réformateurs sociaux, tels surtout qu'Emile de Laveleye^ leurs doctrines sont le rayonnement dernier de la pensée de Sismondi, et le moment éthique de la science, la subordination de l'économie politique à la morale, ont été préparés ou poursuivis par lui, il y a plus de trois quarts de siècle : et je ne vois pas qu'on lui rende dans celte école une justice suffisante (Sclieel, notice trop courte. Kaulz, beaucoup plus belle et importante).

J.-Ch. Léonard Simonde de Sismondi était né à Genève le 9 mai 1773. Sa famille était originaire de Pise et avait émigré en Suisse vers la hn du xv"" siècle. Son nom primitif s'était altéré, et Sismondi s'était transformé en Simonde. C'est notre philosophe lui-même qui reconstitua sa généalogie, et ajouta de Sismondi avi nom de

(1) C'est le fond de la Ghrématistiqiie pour Sismondi. Voir ses Etudes sur VEconomie politique, Bruxelles, 1838, II, 162. L'antinomie do la valeur d'échange et de la valeur d'usage est intime à la nature des choses, et comme le concept de valeur est le point de départ de l'économie politique, il s'en suit que tous les éléments de la science sont contradictoires eu eux-mêmes. Proudhon, Système des contradictions économiques, I, 42,

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