V. — l'ŒDVRE CRlTfQUE DE SISMONDI
sentaient, « elle a été si bien conllrme'e par tous les événements postérieurs, — ce sont les propres termes de Sismondi, — événements dont il semble avoir prévu les suites, qu'on ne peut la bien connaître sans céder à son évidence ».
Aussi, la conclusion de Sismondi s'inspire-t-elle exclusivement de la théorie de la liberté naturelle de Smith.
En 1817, quand il fut sollicité par le directeur de 1'^;^cyclopédie d'Edimbourg de re'diger l'arlicle « Economie politique » , il crut d'abord n'avoir autre chose à faire qu'à exposer des principes universellement admis, à montrer le point où était parvenue une théorie qu'il considérait comme arrêtée. Dans la rédaction de cet article, il ne recourut à aucun livre, il se borna à essayer de reconstituer l'enciiaînement systématique de l'ensemble des vérités de la science. C'est précisément cet elFort personnel qui le conduisit à des résultats nouveaux.
C'est qu'en etTetsi, depuis la publication de VEssaisiir la richesse commerciale^ Sismondi avait lu peu d'économistes,il avait beaucoup observé les faits : il avait été profondément ému des crises commerciales qui, en 1810 et en 1815, avaient semé tant de ruines (c'est dans cette crise de 1810, consécutive à l'ouverture des marchés des colonies espagnoles, portugaises, émancipées, que l'entraînement du commerce anglais fut à ce point désordonné, que l'on exporta jusqu'à des cargaisons de patins dans des pays qui n'avaient jamais vu la glace). Sismondi avait ressenti les souffrances cruelles des ouvriers des manufactures dont il avait été directement témoin, et sur lesquels pesaient les etïets d'une concurrence sans frein, du développement des machines et de la grande industrie, et qui subissaient le contre-coup des fluctuations redoutables auxquelles les crises livraient la société économique.
Les faits qu'il avait observés depuis 1803 lui apparurent comme rebelles en partie aux principes du maître. Il se borna à indiquer dans son article encyclopédique les vues nouvelles auxquelles il aboutissait.
Ce sont ces aperçus qui formeront la substance de l'ouvrage qu'il publiera deux ans après, en 1819, sous ce titre : Nouveaux principes d'économie politique, ou De la richesse dans ses rapports avec la population. Notez ce titre et rapprochez-le du titre de l'œuvre d'Adam Smith : Essai sur la nature et les causes de la richesse des nations, et vous comprendrez d'un mot le grand changement qui va s'accomplir de l'un de ces penseurs immortels à l'autre : le premier traite surtout de la richesse, le second traitera surtout de la population que la richesse fait vivre.
Comme dans l'Essai sur la richesse commerciale, Sismondi se réclame encore d'Adam Smith dans ses Nouveaux Principes : « La doctrine de Smith est la nôtre, le flambeau que son génie apporta sur le champ de la science ayant fait entrer ses sectateurs dans la vraie voie, tous les progrès que nous avons faits depuis lui sont dus (1). »
Cependant, en combinant les principes d'Adam Smith avec V expérience d'un demi-siècle pendant lequel ils avaient été plus ou moins appliqués, Sismondi en venait à en tirer de tout autres conclusions. Adam Smith avait pour postulat de sa conception économique que l'individu, en obéissant exclusivement à son intérêt personnel, était cependant guidé par une main invisible vers l'intérêt de tous ; dès lors, non seulement l'accroissement de la richesse, mais du bien-être général parlari-
(1) Nouveaux principes, p. 51.