‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 124 sur 229 · V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE SISMONDI · texte numérisé non relu

V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE SISMONDI

profit qui résulte de la richesse (1 ; elle comprend tout ce qui est recueilli par les propriétaires et les entrepreneurs capitalistes sous les formes de profit, d'intérêt, de re}2te (2) ; car Sismondi considère que sous l'empire de la concurrence, et dans l'état d'insolidarité générale qu'il observe, les travailleurs ne reçoivent en échange de leur travail que la subsistance ] que le capitaliste et le propriétaire s'etTorcent de ne laisser à l'ouvrier que justement ce qu'il lui faut pour maintenir sa vie, et se réservent tout ce que l'ouvrier a produit par delà la valeur de cette vie 3). Marx dira : la valeur de la force de travail ; c'est en combinant la théorie de la valeur de Ri- <îardo avec la théorie de la plus-value de Sismondi (4), c'est en faisant du contrat de travail une véritable vente de la force de travail, en comparant la quantité de travail exprimant la valeur de cette force à la quantité de travail qui en est dégagée pour être incorporée au produit, c'est en déduisant les conséquences juridiques de «ette comparaison, que Karl Marx a constitué les fondements de sa conception scientifique du socialisme. Sismondi n'est pas loin de faire du contrat de travail une vente, mais il ne peut en déduire les conséquences rigides de Marx, parce qu'il rejette précisément la théorie •de la valeur de Ricardo. C'est là qu'est le caractère dilîécentiel le plus profond des doctrines, dans la théorie <le la valeur d'échange, où Sismondi voit la plus grande déception de la Chrématistique (5). Ricardo déduit de sa

(1) NoMvcaiw pvincijjeu, I, 103.

(2) Ibid., p. 104-105.

(3) Ibid., p. 103.

(4) Très bien compris et mis en lumière par M. Aftalion : L'œuvre économique de Simonde de Sismondi, p. 122 et suiv.

(a) Etudes, II, p. 162.

308 DEUXIÈME ÉPOQDE. — LA SCIRNCE DES RICHESSES

théorie de la valeur basée sur le travail une statique optimiste, abstraite, une tendance incessante à l'équilibre de la production et de la consommation, ne pouvant connaître que des perturbations particulières. Sismondi, considérant une société historique avec la distinction des classes et la répartition variable du revenu social, ramène au premier plan, conmie l'a fait Malthus, et avec Malthus, le rapport d'j l'olTre et de la demande dans la détermination de la valeur des produits. On verra Owen et Thompson essayer à leur tour de rétablir l'unité du travail et du capital, et avec elle, l'équation de la production et de la consommation.

Nous sommes maintenant en possession de la notion du revenu : le revenu, c'est la mieux-value, plus la valeur de la force de travail, valeur qui ne se réalise que par l'échange du travail contre la subsistance, c'est-à-dire contre une portion du capital de la classe riche, et qui a pour mesure cette portion du capital. Si du produit brut annuel d'une nation on déduit l'équivalent des matières premières et des capitaux fixes qui ont été consommés pour l'obtenir, ce que Marx appellera le capital constanty tout le surplus, mieux-value, et valeur de la force de travail mesurée par les subsistances des travailleurs, ou capital variable de Marx, constituera le revenu : c'est ce revenu qui s'échangera contre la production de l'année nouvelle. C'est donc à chaque moment un revenu déterminé par le partage àw produit antérieur, qui sert de mesure à la consommation de chacun. Le revenu de chacun est la mesure de ce qu'il peut consommer normalement, l'ensemble des revenus de tous est le revenu social, la mesure de ce que tous peuvent consommer réellement ( 1) .

(1) Essais, I, p. 44.

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