‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 125 sur 229 · V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE SISMONDI · texte numérisé non relu

V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE SISMONDI

La classe ouvrière ne peut jouir, dit-il, des fruits du travail qu'en le vendant à l'entrepreneur, il ne peut retirer son revenu qu'alors. Hors de là, la puissance de travail n'est rien si elle n'a pas d'acheteur ; l'ouvrier ne peut régler sa dépense que sur le prix auquel il vend sa force de travail (1).

Il n'y aura d'équilibre stable, d'ordre constant dans la société', que si le revenu, avec les divisions qu'il présente dans l'état social actuel, permet à la consommation d'absorber normalement et régulièrement la production actuelle ; et Sismondi admet, sans aucune hésitation, que la production actuelle puisse e/re surabondante relativement aux revenus dont disposent les différentes classes sociales ; si les produits de luxe consommés par les riches sont deux fois plus abondants relativement à leur revenu, leur prix baissera par exemple de moitié : alors ces riches, qui gagneront comme consommation par cette baisse de prix, perdront comme revenu ou même comme capital, car ils ont leur capital engagé dans la production ; s'ils perdent comme capital^ il y aura une diminution actuelle dans la demande de travail, et par conséquent dans le revenu des travailleurs ; s'ils perdent comme revenu, il y aura diminution dans la demande future des produits du travail et du travail même.

Sismondi s'est élevé ainsi à une loi très simple mais très importante : c'est la loi qui exprime la subordination de la consommation au revenu, et à la distribution du revenu dans les différentes classes sociales. Le revenu d'aujourd'hui est né de la production antérieure, c'est lui qui lixera les limites de la consommation du produit actuel. Si donc la production actuelle doit être absorbée

(1) Nouveaux Pri)icipes, 1, p. H 4.

par la consommation, la consommation à son tour sera déterminée par le revenn. Tel sera la limite de la satisfaction des besoins. Sismondi ne les croit d'ailleurs pas. susceptibles d'une expansion illimitée, comme on l'a admis depuis. Le diagramme est destiné à montrer d'abord cette subordination des fonctions. J'ai mis en présence le mouvement social de la richesse dans l'année écoulée, et qui a permis de réaliser le revenu qui va s'échanger contre la production de l'année actuelle. Ce revenu est donc, relativement à la production actuelle, une grandeur prédéterminée actuellement inextensible, et n'obéissant pas à la grandeur de la production actuelle, ce que Sismondi s'attache surtout à établir contre l'Ecole chrématlstique (I). Les deux cercles se croisent dans la fonction de V Echange ou Distribution. L'échange apparaît là comme le cœur intermédiaire d'une double circulation, qu'il règle par ses contractions et ses dilatations successives.

Mais cette loi de subordination nous permet de nous élever à la conception d'un ordre économique normal, d*un mouvement régulier de la richesse dans les sociéte's. C'est que tout effet redevient catise à son tour. Si le revenu règle la dépense nationale, et si normalement \\ doit faire absorber par la consommation actuelle toute la production actuelle, à leur tour, les producteurs ayant pu reconstituer toutes leurs avances réaliseront une reproduction égale à la production antérieure ; mais la reproduction fera reparaître le même revenu, et si sa distribution reste la même, il servira encore de mesure à une production riouvelle.

Le diagramme permet de saisir cette circulation indé-

{{) 'Nouveaux Principes,], p. 120-121.

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