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V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES

penses de production que ce produit lui coûte, en y ajoutant le prolît ordinaire qu'il pourrait retirer de son industrie (1). Suivant que dans cette comparaison le profit qu'il peut retirer de son industrie s'élève ou s'abaisse, il est porté à étendre on à restreindre la production, à y engager de nouveaux capitaux, et en y engageant des capitaux nouveaux, à faire appel à des travailleurs nouveaux. Ici Sismondi montre, à l'opposé de Yécole abstraite, qu'une fois engagés, les capitaux nouveaux se retirent souvent difficilement ou ne peuvent se retirer du tout de leur emploi, quand ils ont revêtu la forme de capitaux fixes, installations, outillage, machines. Une fois adaptés à un travail déterminé, les ouvriers tendent à y rester appliqués et passent difficilement à une autre industrie : si bien que la production pourra se prolonger longtemps encore, après que la baisse des profits aura marqué que la production tend à dépasser la consommation (2)j et que longtemps aussi les travailleurs pourront se contenter d'un salaire beaucoup plus faible qu'au début. Sismondi renverse cette thèse abstraite de la mobilité absolue du capital et du travail, qui leur permettrait de s'ajuster rapidement aux conditions variables du marché. Cairnes développera plus tard la même doctrine {non competing groups).

C'est ainsi qu'il pourra exister à un moment donné des écarts considérables entre les profils des différentes industries, et les profits ne se nivellent que dans les industries que l'on peut entreprendre et quitter avec facilité.

Dans ces conditions, l'équilibre de la production et de la

(1) Nouveaux Principes, I, p. 331.

(2) Nouveaux Principes, I, 334 et suiv.

consommation, fondement de la vie collective normale, dépend exclusivement des énergies individuelles agissant SOUS l'empire de la concurrence illimitée : tout producteur individuel^ obéissant exclusivement à son intérêt, tend non pas à un ajustement direct et systématique de la production à la consommation, mais à étendre son propre débit, ses débouchés particuliers aux dépens de ses concurrents ; comme l'acheteur des produits est guidé par leur bon marché, le producteur vendra plus s'il vend à meilleur marché ; c'est pourquoi aussi il tendra à réaliser le plus d'économies possible dans les matières employées et dans le travail ; en un mot, il tendra à employer le moins de travail possible pour le même produit. Supposez dès lors que la consommation des produits soit invariable et que le même travail soit accompli avec dix fois moins de bras, les neuf dixièmes du revenu de la classe ouvrière employée lui seront retranchés et sa consommation sera réduite d'autant.

C'est ici que Sismondi soulève la question desmachines. Sa véritable pensée a été si fréquemment méconnue et travestie, et la gravité de la matière est telle, qu'il nous faut lui donner quelques développements.

Pour juger les effets des machines, Sismondi se met, ce que l'on n'a pas considéré assez, avant tout au point de vue de cette loi fondamentale de subordination des fonctions qui est l'âme de toute son œuvre, et, à ce point de vue, il est vraiment absurde de voir en Sismondi un adversaire des machines. Placez-vous en effet dans les conditions de l'ordre naturel d'après lui.

Un plus grand revenu a fait croître une plus grande demande de produits, une consommation plus étendue : si en même temps un capital nouveau est appliqué à l'industrie sous la forme de machines pour satisfaire à

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