V. — I.E DROIT ÉCONOMIQUE DE SISMONDI 32y
{fixity of tenure) ; de ces obligations, la plus importante est de payer le fermage qui sera équitablement établi par une commission spéciale {fair rent). Le système des trois F est tout entier dans Sismondi. Ce mode de socialisation partielle du sol a passé inaperçu, et ici encore la position historique de Sismondi soulève la controverse. Dans sa belle étude, H. Hitier (1) soutient que Sismondi, en maintenant la propriété individuelle, se sépare par là radicalement des socialistes ; mais si le socialisme est essentiellement une transformation de la propriété, ce qui n'est pas douteux, comment ne pas voir déjà en puissance dans la conception évolutive et historique de Sismondi, cette transformation radicale, bien que l'historien philosophe se déclare incapable de conceA'oir une forme de propriété en tout distincte de la nôtre ?
§ 6. La richesse commerciale et les perturbations de l'ordre économique. Les crises. — L'unité imposante de l'œuvre de Sismondi se révélera de nouveau à nous dans l'analyse du livre IV qui traite de la Richesse commerciale : c'est là que s'agite le problème social sous sa forme la plus pressante ; là surtout nous retrouverons l'influence que Sismondi a exercée sur le socialisme contemporain, et la trame d'une partie du Capital de Karl Marx.
La richesse commerciale, par sa notion, est celle qui est produite pour être échangée entre les hommes ; la classe qui vit exclusivement de la richesse commerciale doit se développer après celle qui vit directement de la richesse territoriale, due à des échanges immédiats avec
(1) Sismondi, par Hitier, Rev. d'Economie politique, juin 1899, p. 571.
la nature : il y a là une subordination dans l'évolution, il faut que les aliments, les fruits de la terre présentent un excédent au delà de la subsistance des cultivateurs, pour que la classe non cultivatrice soit possible. C'est la thèse des Physiocrates reproduite avec l'élargissement que Smith lui a donnée ; Sismondi admet en effet le produit net des Ph3^siocrates, mais en affirmant la productivité de tous les autres travaux économiques et en repoussant l'idée que toutes les fonctions sociales de l'industrie, des arts, du commerce n'aient d'autre but que de servir les propriétaires fonciers.
La notion de richesse commerciale est inséparable de la division du travail, de cet état d'organisation sociale où l'on cesse de travailler directement pour satisfaire ses besoins, et où l'on travaille pour satisfaire directement les besoins des autres.
La connaissance du marché pour lequel le producteur travaille, c'est-à-dire celle du nombre des consommateurs, de leurs goûts, de leurs revenus,, de tout ce vaste ensemble de grandeurs variables selon les milieux et les circonstances, devrait être, au point de vue de la société même, la condition fondamentale de l'équilibre normal de la production et de la consommation.
Tout cet ensemble de circonstances, qui influent sur la consommation de chaque produit, échappe au producteur individuel, et une autre circonstance essentielle lui échappe aussi dans l'état de libre concurrence où son industrie s'exerce, c'est le nombre, ce sont les ressources de ces concurrents qui vendent les mêmes produits que lui. Sur quoi se règle alors le producteur individuel engagé dans cette lutte sans merci? Il se règle, pour fixer sa production, sur la comparaison du prix de vente qu'il peut retirer du produit, et des dé-