V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES
Des 56 sacs recueillis par le maître, 10 comme tout à l'heure seront directement consommés, 40 seront échangés contre les produits manufacturés consommés par les riches.
L'effet direct de Vépargne de travail humain, sans qu'aucune demande nouvelle l'ait provoquée, est ainsi de réduire le revenu du travail, et d'augmenter le revenu de la classe des entrepreneurs capitalistes. Le second effet, l'effet dérivé, c'est un changement dans la consommation^ une diminution dans la consommation des produits de l'agriculture et des manufactures du pauvre par la classe ouvrière. Le troisième effet c'est d'augmenter^ pour la classe riche, la capacité de consommer les produits des industries qui travaillent pour elle, les produits de luxe. Il y aura trois ouvriers directement en soutrrance, et à peu près trois indirectement ; mais par contre il y a une demande nouvelle de produits de luxe pour la classe riche, qui peut occuper près de quatre ouvriers, et de plus de deux ouvriers qui seront indirectement occupés, pour satisfaire aux besoins de ces ouvriers supplémentaires, dans les manufactures des pauvres. Le prcjcessus de la circulation du travail et du capital circulant qui l'alimente, aboutit à un rétablissement à' équilibre de la consommation et de la production. L'école abstraite, avec Ricardo et Mac Culloch, considère ces réadaptations comme si elles s'opéraient ou pouvaient s'opérer iy<^/rt;i^«nèment ; en tout cas elle idX\.yainsi que le dit Sismondi,-dbstraction de l'espace et du temps : ces réajustements exigeront la formation d'ouvriers de luxe, le déplacement des ouvriers inemployés après un chômage plus ou moins long; ils exigeront, en un point déterminé du marché économique, de nouveaux capitaux fixes à engager dans les industries qui les occuperont. C'est dans un intervalle Denis II. 22
plus OU moins long que les ruptures d'équilibre, avec leur cortège de misères, se produiront.
Pour aboutir à une loi, que Karl Marx a développée dans le Capital, il suffit de prolonger les hypothèses de Sismondi, d'imaginer l'introduction successive des machines reproduisant successivement les mêmes effets. On comprendra alors cette loi de décroissance relative du capital variable ou du fonds des salaires, et l'accrois sèment de la plus-value au profit de la classe qui détient les instruments de travail.
Chaque découverte individuelle, selon le mot de Sismondi, qui généralise les cas que je viens d'exposer, diminuera la demande aux ateliers déjà existants et en créera une en compensation, qui s'adressera à des ateliers qui n'existent pas (1).
Sismondi renouvelle, à ce propos, ses protestations contre l'accusation si souvent formulée contre lui d'être hostile au perfectionnement des arts, et ennemi des machines, et de vouloir retourner à des Ages barbares. « Non, dit-il, je ne veux point de ce qui a été, mais je veux quelque chose de mieux que ce qui est ». — Et plus loin dans la critique de Ricardo : « Ce n'est point contre les machines, ce n'est point contre la civilisation que portent mes objections, c'est contre rorganisation moderne de la société, organisation qui, en dépouillant l'homme qui travaille de toute autre propriété que celle de ses bras, ne lui donne aucune garantie contre une concurrence, contre une folle enchère dirigée à son préjudice, et dont il doit nécessairement être victime. Supposons tous les hommes partageant entre eux également le produit du travail auquel ils auront
(1) Nouveaux Principes, p. 431.