‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 146 sur 229 · V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES · texte numérisé non relu

V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES

par les revenus individuels, soit par le revenu de l'Etat, pour favoriser la demande des produits, et mettre en jeu r activité indispensable à l'entier développement des ressources du pays; suivant le mot de Sismondi, Malthus trouvait un motif d'affirmer que les prodigalités mêmes du gouvernement avaient quelquefois servi la richesse publique, en créant une classe d'oisifs et de consommateurs^ sans laquelle la production aurait été bientôt arrêtée par l'encombrement des marchés, et Say parlait avec ironie de l'admiration de Malthus pour la sagesse de la Providence, qui a permis qu'on nommât des bênéficiers oisifs chargés du doux emploi de jouir et de consommer^ sans rien faire, les fruits péniblement créés par leurs semblables (1\ Si Malthus s'accordait avec Sismondi sur la possibilité de crises générales, il ne pouvait évidemment accueillir la pensée dernière du rénovateur de la science; là reparaissait son accord avec Ricardo contre Sismondi : « Je ne saurais en aucune manière partager ses craintes au sujet des machines, et encore moins admettre le vœu qu'il manifeste de voir intervenir fréquemment le gouvernement, dans le but de protéger des individus et des classes entières de la société contre les suites de la concurrence (2). » Pas plus que Ricardo, Malthus n'entend ébranler les fondements juridiques de la société de son temps, et de même qu'il s'accorde avec Ricardo pour reconnaître que les causes qui encouragent et découragent l'accroissement de la richesse, dépendent surtout du taux des profils (3),

(1) J.-B. Say, Sur la balance des consommations et des productions {Œuvres diverses, éd. Guill. p. 2:il).

(2) iMalthus, Pri7icipes, édit. (luilL.p. 323.

(3) Article Political Econonuj, dans Quarterbj Review, January, 1824, p. 332.

de même il professe avec lui et Say que le droit de propriété est intangible, que l'Etat doit s'abstenir de toute intervention dans les rapports du travail et du capital. Ainsi l'isolement de Sismondi parmi les économistes marque un moment décisif dans l'histoire des idées ; son œuvre critique renferme en puissance toutes les constructions idéales du droit économique socialiste, sans cependant qu'il veuille et puisse la traduire actuellement en aucune d'elles (l).

Dans le livre V des Nouveaux Principes consacré à la monnaie et au crédit, Sismondi complète l'exposé des causes des perturbations de l'ordre naturel des sociétés économiques. Son bel Essai sur le numéraire et les banques se rattache directement à cette partie de son œuvre. 11 distingue nettement, comme l'avaient fait les physiocrates et Smith, la monnaie des biens consommables, soit qu'on les destine à la jouissance (revenu), soit qu'on les destine à la reproduction (capital). La monnaie n'en est que la mesure, le signe, elle est l'instrument de leurs échanges. Mais pour faire circuler dans la société la masse totale de ces richesses, il admet qu'il faut que la masse de monnaie soit en une certaine proportion avec cette masse de richesses, proportion variable avec la quantité des produits à faire circuler^ et avec la vitesse de circulation de la monnaie elle-même, ce que Mill appellera Vefficiency (2). Au delà de cette proportion nécessaire, l'accroissement de monnaie ne peut plus qu'amener la hausse des prix. L'un des problèmes qui ont préoccupé Sismondi est celui de la stabilité de la valeur de la monnaie dans le temps ; la mesure de la va-

(1) Nouveaux Principes, édition de 1827, II, p, 463.

(2) Nouveaux Principes, II, 8 et suiv. et p. 118-120.

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