V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES
leur de tous les produits, la monnaie ne présente pas une stabilité absolue ; assurément elle a une condition de stabilité relative qu'aucun autre produit ne présente au même degré, c'est que Fotïre de monnaie se compose du stock monétaire accumulé par les siècles, auquel s'ajoute chaque année la récolte de métaux précieux ; celle-ci ne forme en général qu'une proportion très faible de l'accumulation antérieure (1). Les fluctuations de la valeur de la monnaie déterminées par les variations de cette proportion, ne peuvent donc être que faibles d'année en année ; cependant, comme ces fluctuations annuelles, en s'additionnant, peuvent déterminer à la longue des changements profonds dans la valeur de l'instrument des échanges, il importe de s'eiîorcer de diminuer encore les chances de fluctuations. L'un des moyens d'y parvenir, d'après lui, c'est d'employer indifféremment l'or et l'argent comme commune mesure des valeurs, en fixant une proportion légale entre eux. Sismondi développe là l'argument le plus décisif que puisse invoquer le système monétaire qui a reçu le nom de bimétallisme, et qui devrait s'appeler celui du double étalon : c'est de concourir à réduire les variations de la valeur de la monnaie, et par conséquent des prix des produits dans le temps. Chose intéressante, c'est à Sismondi qu'a été empruntée une image aujourd'hui célèbre pour marquer l'influence de l'association des deux métaux, et que l'on a toujours attribuée à Wolowski (2^, « C'est ainsi, dit-il, à peu près que pour avoir un pendule d'une longueur invariable, on en combine la lige de verges de diflérents métaux pour que la dilatation de l'un, par la chaleur, corrige celle de
(1) Nouveaux Principes, II, 58-59.
(2.) Nouveaux Principes, II, p. 58.
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l'autre. Si le gouvernement fait choix d'un seul métal pour étalon et s'il de'clare que l'autre est marchandise, (monométallisme), cet étalon se trouvera affecté par toutes les variations annuelles du produit des mines. Si au contraire il adopte et légalise la proportion qui lui paraîtra dominante dans le commerce du monde, par exemple aujourd'hui celle de quinze pour un ; s'il déclare que toute dette d'une once d'or pourra être légitimement payée avec quinze onces d'argent, et réciproquement, ainsi que cela se pratique en France, la mesure commune du commerce ne s'établira pas sur la quantité annuelle produite par les mines d'or ou par celles de l'argent, mais sur une mo3^enne proportionnelle entre les variations que subissent ces deux quantités, et l'étalon désiré en acquerra plus de fixité. »
Le mémoire célèbre de Wolowski, publié en 18G3 et qui développe d'une manière si large la thèse du double étalon, procède par une filiation marquée de Sismondi. La critique des banques que renferment les Nouveaux Principes, et V Essai sur le numéraire se rattachent directement à la théorie des crises commerciales. Il juge que la théorie des banques a été non seulement approfondie par Adam Smith, mais même que depuis ce philosophe il ne lui reste aucun progrès à faire (1), Et cependant il constate que depuis la publication de la Richesse des nations, les entreprises inconsidérées, basées sur le crédit, se sont succédé avec plus de rapidité encore qu'auparavant, et ont entraîné successivement presque toutes les nations dans un abîme de calamités et de ruines.
Nous savons que, d'après Sismondi, la cause des plus grandes souffrances de son époque, c'est la méconnais-
(1) Nouveaux Principes, II, p. 90, suiv.