‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 161 sur 229 · V. — l'œuvre critique et organique de sismondi · texte numérisé non relu

V. — l'œuvre critique et organique de sismondi

sanls, le contre-coup de l'insolidarité universelle. Sismondi a décrit cette phase de notre évolution, avec une puissance d'observation, une hauteur de vue incomparables, et surtout avec un sentiment humain tout palpitant encore aujourd'hui.

L'étude de cette grande œuvre, par là même qu'ehe est surtout critique, et à peu près dégagée d'un plan de réformation systématique, est comme le point de départ de l'étude de tous les travaux des Ecoles modernes qui se sont détachées de l'Ecole abstraite issue d'xVdam Smith, ou se sont opposées à elle, depuis l'Ecole historique jusqu'au socialisme collectiviste. Les méthodes qu'elle applique, les idées, les lois qu'elle formule pénètrent, se développent dans leurs œuvres, et elles acquièrent une portée beaucoup plus radicale par les déductions juridiques qui les accompagnent.

La iiiieux-v allie, pour Sismondi, est le fruit du travail qu'' se partagent l'intérêt, le profit, la rente, auxquels il reconnaît une légitimité. Pour Marx, la plus-value aura la même source et les mêmes caractères, mais la rattachant à une conception inflexible de la théorie de la valeur de Ricardo, il la revendiquera pour le travail tout entière. Voilà l'évolution socialiste de l'idée de Sismondi. Et Sismondi grandit chaque jour^ précisément parce qu'on a reconnu de plus en plus la profondeur et la portée de la partie de son œuvre, que Kautz appelle négative^ et qu'elle n'est point obstruée par un plan de rénovation sociale hâtivement et imparfaitement conçu, et qu'il faudrait écarter.

Cependant la partie positive, si réduite qu'elle paraisse, a traversé le siècle elle aussi en se fortihant toujours. IVous avons montré que si Sismondi s'éloigne du socialisme, en ce qu'il ne conçoit pas de système de propriété Denis II. 25

absolument différent de celui que nous fait connaître l'expérience (l), son plan ébauché renferme en puissance toute la transformation delà propriété dans sa conception historique, et déjà il marque la distinction de ce qui est irrévocablement individuel et de ce qui est social et modifiable par la loi dans le droit de propriété ; s'il consacre la propriété individuelle, il consacre aussi l'union indissoluble du travail et de la terre, la perpétuité de l'occupation par le travailleur, en s'efforçant de réduire le droit du propriétaire, quand celui-ci ne se confond pas avec le cultivateur, au droit à une redevance perpétuelle del'occupant. Leprincipeque l'ouvrier a di-oità la garantie de celui qui l'emploie ou de la solidarité légale, par lequel Sismondi ressaisit la continuité de l'état social moderne et des systèmes antérieurs delà féodalité et des corporations, ce principe, qui ne trouve dans son œuvre aucune expression pratique, était lui-même destiné à animer des institutions modernes. Eisenhart a rappelé que le Parlement de Francfort, en 1848, avait conçu une législation industrielle commune à l'Allemagne entière, en consacrant le principe de la solidarité, en ramenant la petite industrie au régime corporatif, et en introduisant dans la grande industrie des groupements par catégories de producteurs, avec institution de caisses d'assurances contre la maladie et la vieillesse. Ija législation moderne de l'Empire d'Allemagne sur les assurances ouvrières, le caractère corporatif dont elle est encore pénétrée est une consécration plus haute encore du principe de Sismondi, qui tend à rayonner dans la législation européenne et même dans la législation internationale de l'Europe.

Mais ce principe de la solidarité obligatoire n'est

(1) Nouveaux Principes, II, 364.

Page 1