VI. — ROBERT OWEN
qu'une forme d'un principe plus général, à savoir que l'Etat a pour mission positive d'imprimer aux intérêts individuels une direction sociale conforme à la justice, principe qui s'est affermi de plus en plus à mesure qu'à la conception al3straite de la société économique a succédé une conception concrète et historique, modifiable et perfectible, que l'idée d'un ordre a priori, d'une harmonie préétablie des intérêts s'est dissipée devant l'étude des faits. Ce principe n'est autre chose que celui de la subordination de l'Economie politique à la morale, c'est le moment éthique de la science dont se pénètre l'Ecole moderne des réformateurs sociaux, appelés, mals^ré leurs protestations, socialistes de la chaire^ et dont l'illustre Sismondi est le précurseur trop souvent oublié.
^^I. — Robert Owen
§ 1. Robert Owen et les Economistes. - - L'objet de ce livre est d'exposer les conceptions systématiques des économistes et des socialistes dans leurs rapports entre elles, et dans leurs relations communes avec l'organisation et révolution économiques; quand on se place à ce point de vue dans leur étude, on ne tarde pas à surprendre le lien qui les unit, on les voit se rattacher aux divers aspects des mômes phénomènes sociaux, et nul n'oserait refuser dès lors, même à l'utopie la plus téméraire en apparence, sa part et même sa grande part de légitimité. D'un trait, on peut déjà placer ici l'œuvre deRobcrt Owen à côté de celles des économistes de son temps, et marquer à la fois ses rapports fondamentaux avec
elles, et sa haute portée sociale. Dans un écrit publié en '1820 sur la Balance des consommations avec les productions, Sismondi s'exprime ainsi : « M. Owen de New Lanark, l'un des hommes qui ont manifesté le zèle le plus ardeat pour le bien-être da pauvre, et la compassion la plus profonde pour ses calamités, avait exprimé la pensée que, lorsque l'industrie était laissée à elle-même,, l'usage des machines et leur perfectionnement graduel pourraient accroître la production des marchandises de différentes espèces qui composent la richesse par delà la demande qui en était faite par les consommateurs, et qu'en causant ainsi une surabondance de toutes les marchandises, un engorgement dans tous les marchés, cette surabondance pouvait forcer les manufactures à renvoyer leurs ouvriers, et priver ainsi de travail les classes de la société qui ne vivent que de leur salaire. Sans partager en aucune façon les opinions de M. Owen sur les moyens de parer à cette calamité, j'ai admi^ comme lai, dans mes Nouveaux principes d' économie politique, le fait de cet encombrement universel^ et j'avoue que j'ai quelque peine à comprendre comment on peut le nier aujourd'hui, contre le témoignage du commerce du monde. » (1) Au témoignage de Sismondi, Owen avait donc, avant lui, soulevé le problème qui devait être à ses propres j'^eux le plus important de l'Economie politique : cette entente sur les faits qui les rapprochait tous deux de Mallhus, et les éloignait tous deux de Uicardo,dut se confirmer dans leur entrevue de 181 8, en même temps que leurs divergences sur le Droit économique nouveau ; mais ce qui assigne à l'œuvre socialiste d'Owen tout son intérêt, toute son importance dans
(1) Sismondi, Nouveaux Principes, édit. de 1827, vol. II, p. 375*