‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 18 sur 229 · I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWL\ ET CONDORCET · texte numérisé non relu

I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWL\ ET CONDORCET

OU plutôt réformateurs sociaux), qui dégagent définitivement ]a science économique de l'absolu à la lin du xix" siècle, et l'unissent en même temps à la sociologie.

Dès lors que l'observation et l'expérience ont permis de découvrir les lois des phénomènes, l'homme peut, d'après l'expérience du passé, prévoir les événements de l'avenir. Il en est pour les sociétés humaines comme pour les phénomènes phvsiques. Aussi Condorcet a-t-il exposé dans la x'' époque du Tableau ses prévisions, ses espérances sur l'état à venir de l'espèce humaine. Elles se ramènent à trois principales : la destruction de l'inégalité entre les nations, les progrès de l'c'galité dans un même peuple, enfin, le perTectionnenient réel de l'homme.

L'inégalité qui persiste dans la distribution des lumières, des moyens de développement des richesses, tient-elle à la civilisation même ou aux imperfections de Vart social'] C'est à ces imperfections, on l'a déjà vu, que le philosophe les rattache. L'égalité lui apparait dès lors non pas comme le résultat nécessaire de l'évolutioji spontanée de la société, mais comme le dernier but de ïart social, de l'intervention de la société elle-même dans son propre développement. C'est ici que le disciple de ïurgot, d'Adam Smith apparait à la fois comme le maître de Henri de Saint-Simon, comme le précurseur réel de Sismondi et des socialistes de la chaire ou réformateurs sociaux, et comme l'associé de Godwin dans l'entreprise de transformation sociale.

Ce qui rapproche Condorcet de GodAvin c'est la conception de l'égalité progressive, ce qui l'en éloigne ce sont les moyens de l'atteindre. Pendant que Godwin se place dans l'hypothèse d'une transformation idéale du régime

de la propriété, en opposant à toutes les institutions établies une négation absolue, Condorcet part des données de l'histoire, n'oppose aucune conception de la propriété à la propriété actuelle, mais soumet les institutions et les mœurs à un ensemble de modifications systématiques et continues. Seulement il faut reconnaître que Godwin proscrivant toute violente transformation et n'attendant rien de stable que d'une haute culture, se soumet lui aussi, quoi qu'il veuille, par là môme à une véritable évolution. Il est manifeste cependant que Condorcet exprime ici la relativité des conceptions, le caractère historique de la méthode, alors que Godwin est infiniment plus pénétré de l'absolu et généralement soumis aux méthodes déductives.

La forme de l'inégalité, qui préoccupe le plus Condorcet, c'est ce qu'il appelle l'intervalle existant entre les droits que la loi reconnaît dans les citoyens et les droits dont ils ont une jouissance réelle. C'est le contraste entre V égalité de droit et Vinégalité de fait. Cette différence dérive elle-même de trois causes principales : l'inégalité des richesses, l'inégalité d'état entre ceux qui n'ont d'autre ressource que leur travail et leur industrie et ceux qui ont des moyens de subsistance assurés — enfin l'inégalité d'instruction. Condorcet infère des tendances mêmes de l'espèce, que ces trois sortes d'inégalité </e /«z7 doivent diminuer continuellement sans pourtant s'anéantir.

La réforme de la législation et des mœurs resserrera de plus en plus les limites de l'inégalité de richesse. L'inégalité d'état^ qui place le travailleur et l'entrepreneur dans une instabilité redoutable, doit être contrebalancée par ce vaste système d'assurances opposant le hasarda lui-même, et qui peut être formé, dit-il, au nom de la

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