‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 180 sur 229 · VI. — LA STATIQUE L'o^VEN · texte numérisé non relu

VI. — LA STATIQUE L'o^VEN

il fait de sa disparition la conséquence dernière de la transformation morale de l'homme. La propriété prive'e a été et elle est encore la cause de crimes et de misères sans fm pour l'homme, et il doit aspirer au moment où le progrès de la science et la connaissance des moyens de former un caractère supérieur chez tous les individus, rendront son maintien non seulement inutile, mais au plus haut degré préjudiciable pour tous, et Owen insiste en ajoutant: préjudiciable pour les classes inférieures, moyennes, supérieures. C'est au point de vue moral qu'il se place lui aussi pour critiquer la propriété : elle fait de l'homme un égoïste ignorant. Elle déprave le caractère du propriétaire dans des directions différentes : elle est calculée pour produire en lui l'orgueil, la vanité, l'injustice, l'opj)ression, avec un mépris complet des droits naturels et inaliénables de ses compagnons humains; elle resserre ses idées dans le cercle étroit de son moi; elle empêche un élargissement de l'esprit qui lui permette de s'élever à la compréhension féconde des intérêts généraux et des idées universelles; elle isole les esprits ; elle est une cause perpétuelle d'action répulsive au sein de la société, une source intarissable de déceptions et de fraudes. Dans la société rationnelle il n'en sera plus ainsi. Quelle qu'ait été sa nécessité avant l'introduction des puissances mécanique et chimique, elle est désormais un mal inutile; pour tous les hommes, du plus ébjvé au plus humble, on peut, \)ù.v des arrangements scientiliqucs, réaliser les conditions d'un bonheur permanent, qu'on n'atteindrait jamais par les ellorts et les conflits nécessaires pour maintenir la propriété individuelle.

Owen ne pouvait songer à faire consacrer directement par l'auloriti' de la loi non seulement un nouveau régime juridique, mais une organisation économique nou-

velle ; il ne pouvait procéder que par la voie expérimentale, et par une généralisation progressive des résultais; il n'abandonna pas celte voie, et malgré les erreurs et les entraînements invincibles de l'idéal, il restera peut-être le plus grand expérimentateur sociologiste du xix<^ siècle. En 1817, pour réunir le capital (96.000 £) nécessaire à la création d'un établissement destiné à une population de 1.200 coopérateurs, il fit appel aux particuliers, aux paroisses, aux comtés, aux districts, à la nation représentée par le gouvernement (I). En 1819, le comité désigné par une assemblée présidée par le duc de Kent, et dont Ricardo et Torrens firent partie, fut chargé d'examiner le plan d'Owen et de faire rapport sur son exécution (2). Ricardo insiste sur celle mission du comité appelé non à approuver le plan d'Owen, mais à Vétudirr : même réduit au surplus par le comité, à l'établissement d'un îvorkhouse régularisé, ravalé à ce misérable niveau, le projet d'Owen se heurte, d'après Ricardo, à des objections insurmontables (3). La souscription ne dépassa d'ailleurs pas 8.000 £ ; le comité en le constatant n'iiésita pas à se prononcer pour l'intervention de l'Etat (i). Transj)orté devant le comité du comté de Lanark par un nouveau et vaste rapport d'Owen, le projet conserva encore son caractère expérimental ; le comité désigné se prononça pour des expériences agricoles comparalives limitées (5). En 1817, Owen n'appliquait le projet de comnmnauté qu'aux ouvriers sans travail, mais pai^cela même que le système assurait d'après lui

(1) Report on tliepoor, 1817, ii, p. GO.

(2) Proceedings of the first meeling, ii, p. 237, et suiv.

(3) Letters of Ricardo to Trower, 8 juillet, 1819, p. 79.

(4) Final proceedings, Life of Owen, u, 249.

(5) Voyez son rapport, i/jtd., p. 312.

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