VI. — LA STATIQUE d'OWEN
la plus grande abondance de produits, avec le minimum de travail, il ne pouvait manquer de s'étendre et de faire concurrence au système agricole-manufacturier existant ; c'est lorsque la société aurait expérimentalement constaté la supériorité du nouveau système, qu'une révolution sociale s'accomplirait pacifiquement et parla liberté (l). C'est encore avec cette universalité idéale d'application, que le projet devient l'une des parties du système rationnel, l'aspect fondamental de la statique idéale d'Owen.
Le plan d'Owenétait une extension de l'expérience de New Lanark (2); car déjà la culture y était associée aux manufactures ; seulement ici l'agriculture devenait la base même du système : l'association domestique se joignait à l'association agricole manufacturière ; Owen voulait donner immédiatement un emploi productif aux travailleurs inoccupés, leur assurer directement par leur propre travail tout ce qui est indispensable à l'existence, leur permettre d'acquérir le surplus par l'échange ; en joignant l'association domestique à l'association agricole manufacturière, il voulait d'une manière générale supprimer tout gaspillage, diminuer les dépenses de consommation et réaliser l'épargne du temps, de l'espace, de la force de travail : au point de vue moral^ en transformant le milieu, il voulait éliminer les mauvaises habitudes dues à des arrangements sociaux défectueux, et par une culture supérieure faire naître, surtout dans la génération nouvelle, les dispositions les plus propres à unir les hommes dans un intérêt général, clairement perçu par chacun d'eux. Tous les
(1) First letler2j juillet. 1817, L//V of Ov:cn, II, 74.
(2) Voyez, Rapport du cotiiilé désif^né en 1819, Life of Owen, p 243.
éléments de la solution étaient réunis ; des terres incultes ou mal cultivées en abondance, des travailleurs oisifs et par là même livrés à la démoralisation ; des capitaux abondants employés jusque-là sans proûl.
§ 5. La Statique d'Owen. La Psychologie économique et l'Ethologie. — C'est là que la plus radicale opposition des idées éclate, c'est là aussi que devaient se produire les plus graves objections de Ricardo au sein du Comité de 1819. « Le plan, dit Ricardo lui-même, fut principaleuient examiné comme celui dun établissement de pauvres, ou d'un zror/i/^oM^e bien organisé; mais, même réduit à ces limites, le plan soulevait à' insurmontables objections. Owen est lui-même un enthousiaste bienveillant, décidé à faire de grands sacrilices pour un objet favori. Le Duc de Kent, son grand protecteur, est lui aussi animé d'intentions bienveillantes, mais il me paraît ignorer complètement les principes qui doivent régir les établissements de pauvres, il a entendu parler de la doctrine de IMalthus, elle lui inspire de l'antipathie, sans qu'il connaisse les raisons sur lesquelles elle se fonde, ou comment on obvie à ses difficultés. Lui, AL Preston et M. Owen me paraissent croire que rien d'autre n'est nécessaire à la production et au bonheur d'une population dense, que la terre. ISJous avons la terre ; elle peut être rendue plus productive, et dès lors nous ne pouvons avoir un excès de population. Une personne raisonnable peut-elle croire, avec Owen, qu'une société telle qu'il la projette, puisse prospérer et produire plus qu'il n'a été jusqu'ici produit par un nombre égal d'hommes, s'ils sont stimulés par l'intérêt de la Communauté, au lieu de r être par leur i itérêt privé? i^'a-i-'û pas l'expérience des âges contre lui ! Il ne peut opposera cette expérience rien d'autre qu'un ou deux cas peu authentiques de sociétés