VI. — LA STATIQUE D OWEN
historien, un peu plus de temps pour acheter un paquet d'épingles que pour acheter un sac de froment; et il en était tenu compte. Les frais géne'raux sont évalués par Mac Donald à 5 0/0 du montant de chaque opération.
Les marchandises reçues au magasin coopératif étaient livrées aux acquéreurs contre des labour notes. Les différents producteurs les recevaient en échange de leurs produits consignés ; ils faisaient eux-mêmes l'évaluation de leur travail converti en heures de travail représentées par les labour notes.
Mac Donald rapporte que les artisans malhabiles surévaluaient parfois leur travail : les femmes portaient leur rémunération aussi haut que celle des hommes; il arrivait à certains individus de provoquer l'émission de trop de bons de travail et d'en déprécier la valeur. Mac Donald ne doute pas que ces émissions n'eussent fini par se régulariser, bien qu'il ait entendu Josiah Warren se plaindre des difficultés auxquelles il se heurtait, et surtout du manque d'honnêteté des clients du comptoir.
Lloyd Jones rejette complètement cette filiation du Labour exchange; d'après Holyoake (1), il est possible que l'entreprise d'Owen se rattache à celle de Josiah Warren, mais jamais Owen n'a confirmé cette explication. Ajoutons que nul ne fut plus sincère et plus désintéressé qu'Owen; c'est lui-même, par exemple, qui a fait remonter à John Béliers son projet de colonie agricole-industrielle pour les pauvres.
Dans le fait, on vient d'en avoir la preuve décisive, l'organisation de l'échange du travail se rattache trop directement aux idées émises dès 1820 par Owen, pour qu'on puisse lui enlever la paternité de ce système
(1) Holyoake, lUatonj of coopération, I, p. Iu8. -Lloyd Jones, Life times and labours of Robert Owen, U, p. 32.
d'échange. Le mécanisme est peut-être de J. Warren, l'idée maîtresse est certainement de R. Owen.
L'institution d'un comptoir d'échange du travail, Equitable labour exchange, était, dans la pensée d'Owen, destinée à assurer l'élimination de la monnaie, et à réaliser à la fois la garantie progressive du travail, et la stabilité de la valeur des produits.
Le premier de ces bazars fut établi à Londres en 1832, en avril.
L'avis au public portait : « Les agriculteurs, jardiniers, manufacturiers, marchands de provisions, marchands en gros et en détail de toute catégorie, qui peuvent être portés à disposer de leurs divers articles de commerce et marchandises, de la seule équitable manière dans laquelle les hommes peuvent mutuellement disposer de leur propriété les uns à Tégarddes autres, c'est-à-dire en donnant leur valeur égale en travail contre une égale valeur en travail, sont invités à transmeltre leurs noms et leurs adresses avec la description des objets qu'ils désirent échanger au secrétaire de l'inslilulion, M. S. Austen, qui donnera sur l'application personnelle de l'institution toute information relative à l'échange équitable du travail. »
D'autres institutions identiques furent créées successivement dans différentes villes de l'Angleterre.
Un journal, la Gazette of labour exchnnge, servit d'organe à l'institution et de lien aux dilTérents bazars; on avait fondé, en juillet 1833, celui de Birmingham. Par la diversité de ses industries, cette ville était appelée à fonder un comptoir d'échange imporlanl.
Le plus célèbre de tous, celui de Gray Inn Road, remonte au mois de septembre 1832 (1).
(1) BooTH, p. 149.