‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 196 sur 229 · VI. — LA STATIQUE d'oWEN · texte numérisé non relu

VI. — LA STATIQUE d'oWEN

les conditions d'un approvisionnement avantageux. Ce qui eût été conforme au but, c'est que l'institution put s'approvisionner régulièrement en grand, des matières premières les plus essentielles et des subsistances nécessaires, et les céder à ses clients aux conditions les plus favorables. Il eût fallu, pour cela, un capital suffisant. Des sociétés coopératives de consommation, des boulangeries et des boucheries coopératives, acceptant les labour notes, eussent pu remplir cette fonction. Tout ce développement organique manquait encore, et pour y suppléer, Owen dut recourir à des expédients qui devaient altérer tout le système, encore même qu'ils eussent réussi.

On recourut à des traités avec des commerçants étrangers dM labour exchange. \.diV&y\ie qu'Owendirigeaitalors, et qui suivait pas à pas le développement de l'œuvre, tJie Crisis, publiait le 17 novembre 1832 ce qui suit (1) :

« Nous avons fait un contrat avec un boulanger expérimenté qui fournira à notre comptoir un approvisionnement complet et régulier de pain, payable moitié en monnaie, moitié en labour notes, qui seront reçues dans les mêmes proportions et au pair. »

En décembre 1832, tlie Crisis donne une information analogue : « Après un certain délai indispensable à de nouveaux arrangements, nous avons la satisfaction d'informer les amis de notre institution que nous avons obtenu, et que nous pourrons maintenir un approvisionnement complet de" denrées de consommation, payables moitié en monnaie, moitié en labour notes. » Le charbon même fut obtenu à ces conditions (2).

(1) The Crish p. 14tt, dans Benj. Jones, « Coopérative production », I, p. 93.

(2) The Crisis, p. 149 et p. 135, Be.nj. Jones, ibidem.

C'est ainsi que l'appareil circulatoire nouveau ne pouvant suffire à tous les besoins, Owen était obligé de l'adapter au milieu social préexistant, et de chercher à réunir les conditions d'une transition au nouveau régime deséchanges. C'est ce que tentèrent, plus tard, mais avec beaucoup plus de méthode, Proudlion dans sa Banque du peuple, E. de Girardin dans sa Banque rationnelle.

Mais l'organisme du labour exchange était encore trop fragile pour résister à l'influence du milieu.

La mesure de la valeur adoptée par Owen était, non seulement indépendante de l'or, mais conçue comme désormais invariable et d'une stabilité définitive.

Il faut ici bien comprendre le système. La valeur de tout produit était ramenée à une unité : l'unité de valeur, l'unité de pouvoir acquisitif : c'était Vheure de travail. Mais celte heure de travail n'exprimait pas une quantité de travail définie accomplie dans l'unité de temps, et en fonction de laquelle tous les travaux eussent pu être directement exprimés. 0\A en n'avait pas par, l'analyse, abouti à cette forme élémentaire de travail que Marx devait appeler plus tard le travail simple, et qu'il concevait comme servant de commune mesure à tous les travaux. La mesure de la valeur par le travail n'avait pas de caractère objectif. Le rapport d'équivalence des différents travaux élait donné par l'appréciation même des évaluateurs, qui dirigaient les bazars coopératifs. Owen vante leur impartialité comme un mérite du système, mais il ne peut exprimer par là que le caractère moral des évaluateurs ce qui leur manquait, c'était l'élément scientifique qu'une analyse, d'ailleurs beaucoup plus profonde du travail, n'a pas encore fourni aujourd'hui.

Owen s'éloignait complètement de l'idée que Proudhon caressa tout d'abord, que tous les travaux à durée égale

Page 1