‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 197 sur 229 · VI. — LA STATIQUE D'OWEN · texte numérisé non relu

VI. — LA STATIQUE D'OWEN

sont équivalents, et que l'heure de travail vaut l'heure de travail. O^ven admettait que le travail d'un manœuvre ne vaut pas celui de l'horloger à durée égale. Il les ramenait l'un et l'autre à une unité' de travail, dont la dénomination indique qu'il empruntait ses éléments de détermination à l'empirisme delà société actuelle. Cette unité était l'heure de travail à six pence. Exprimée en argent, elle permettait de ramènera un commun dénominateur les évaluations de tous les travaux quelconques. C'était d'après les moyennes du taux des salaires actuels que les valeurs relatives des travaux échançrés étaient déterminées. L'éva-

luateur devait y appliquer beaucoup d'impartialité et de vigilance, mais il est clair qu'il n'était pas en possession d'une unité de mesure vraiment objective. L'heure de travail à 6 pence était une monnaie de compte, une unité de pouvoir acquisitif ingénieusement adoptée, mais purement conventionnelle ; elle ne correspondait pas à une réalité universelle qui eût permis de construire, directement et sans emprunts à la pratique sociale antérieure, la table des équivalents des ditîérents travaux, comme si on eût pu les ramener tous au kilogrammètre ou à la calorie. Si grande que put être l'impartialité des évaluateurs, ils avaient pour guide nécessaire l'empirisme de la société actuelle, et ils avaient encore à lutter contre iégoïsme des échangistes, au témoignage desquels ils devaient trop souvent s'en rapporter, dans l'appréciation de leur travail.

Pratiquement, voici comment se faisait l'évaluation d'une marchandise consignée. Le coût des matières premières était donné en argent, on le convertissait en heures de travail à 6 pence ; on y ajoutait le nombre d'heures de travail exigées pour les mettre en œuvre ; pour cela, les agents chargés de l'évaluation fixaient le nombre d'heures

que, dans leur jugement, un ouvrier ordinaire employait à la confection de chaque article. D'après le salaire moyen, ce temps de travail était converti en heures de travail à 6 pence. Tous les articles étaient évalués d'après les mêmes préoccupations d'équité, et c'est là, dans l'élimination de l'arbitraire, autant que le système permettait de l'atteindre, qu'Owen voyait l'un des grands mérites de son invention. Supposez qu'il s'agisse d'un vêtement, l'étoffe avait sur le marché une valeur de 20 shillings, par exemple, soit quarante heures de travail à 6 pence ; le confectionneur y ajoutant un nombre d'heures qui, d'après son salaire moyen, représentait quarante heures de travail à 6 pence, la valeur totale était de quatre-vingts heures, et il recevait de l'agent évaluateur quatre-vingts notes ou billets conçus comme suit, et dont le fac-similé a été reproduit par Lloyd Jones, l'un des historiens d'Owen (1).

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