‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 200 sur 229 · VI. — LA STATIQUE D OWEN · texte numérisé non relu

VI. — LA STATIQUE D OWEN

Je m'étonne que Benjamin Jones, dans son histoire de la coopération, se soit borné à reproduire le passage déjà invoqué par Sargant, comme s'il renfermait un aveu décisif d'impuissance de V Exchange labour (i).

Au contraire, il est certain qu'Owen resta fidèle jusqu'au bout à la conception de \ Exchange dont il avait tenté l'expérimentation ; seulement, nous la retrouvons enveloppée d'une sorte de mysticisme, à l'époque 011, après tant d'échecs douloureux, sa pensée s'était réfugiée dans un monde idéal. Dans la dernière revue périodique qu'il publia dans la Millenial Gazette, je trouve un article sur la monnaie portant la date du 22 mars I806, très rapprochée de sa mort.

J'en extrais le passage suivant :

« Les maux naissant nécessairement de l'emploi de la mo4maie métallique doivent cesser aussitôt qu'une préparation convenable aura été faite de l'introduction du Millenium, ou de l'état rationnel de l'existence heureuse sur la terre. La monnaie métallique est la cause d'une immense criminalité, d'une injustice et d'une misère immense dans la société, et l'une des conditions de milieu qui tendent le plus naturellement à déformer le caractère etii faire de la terre un pandémonium. Il en a été ainsi, et il continuera à en être ainsi, aussi longtemps que l'on recourra à l'usage de la monnaie métallique pour créer la richesse, au lieu que ce soit la richesse elleméme qui crée son titre représentatif naturel : les labour notes, que les circonstances m'ont prématurément contraint d'introduire dans le comptoir de Gray Inn lîoad, il y a un quart de siècle, et qui seraient, si les hommes avaient été dressés par l'éducation à l'honnè-

(1) B. JoNE3, Coopérative ■production, I, p. 93.

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teté, une bonne et vraie représentation de la richesse (1). »

Owen, dans ce passage, ne parle que des causes morales de son échec. Je crois avoir montré que les conditions fondamentales et essentielles d'un fonctionnement régulier, d'un développement organique normal manquaient à la Banque d'échange du travail. La portée des expériences accomplies est relative, non absolue. L'introduction de facteurs nouveaux pourrait modifier profondément les résultats : en laissant de côté le problème de la mesure de la valeur, pour ne considérer expérimentalement que la transformation de l'instrument monétaire, il est certain, dès à présent, que les organes collectifs, comme les sociétés de consommation, leurs fédérations puissantes, les Wholesale Societies qui en sont nées, sont des organes régulateurs de la demande de produits, de la consommation des richesses dont la puissance et l'efficacité ne pouvaient être entrevues en 1832, en même temps qu'elles présentent ces sources naturelles d'approvisionnements qui manquaient aux premiers expérimentateurs, et auxquelles ils ont suppléé d'une manière si déplorable. Les conditions externes d'un équilibre supérieur pourraient donc être réunies, au moins partiellement, aujourd'hui autour du Labour excha^ige ; il y a place peut-être pour une expérimentation nouvelle, et tout au moins pour l'étude d'un programme nouveau d'expérimentation. 11 y aurait ainsi une sorte de renaissance pour l'œuvre oubliée d'Owen, son idéal pourrait [reparaître mieux discipliné par la science, et peut-être des coopérateurs nouveaux iront-ils effacer cette épitaphe touchante que le plus laborieux des réformateurs avait tracée lui-même pour son tombeau

(1) Millenial GazetlCy 22 mars 1856, article Afoncy.

vu. — W. THOMPSON ET SON ŒUVRE 483

de Newton : Relief has corne. Le repos ne serait-il pas encore venu pour les continuateurs d'Owen ?

VIT. — William Thomson.

§ 1. Robert Owenet William Thompson. — L'œuvre de William Thompson, il l'a de'claré lui-même, est inséparable de celle de Robert Owen ; elle est dominée, elle aussi, parles problèmes fondamentauxdelastatiquesociale; avec une netteté et une rigueur remarquables, il a exposé le rôle qu'il assigne à V Economie politique coopérative, ce sont ses termes, dans leur solution :« Dans la longue chaîne des causes et des etïets, immédiats et éloignés, qui affectent le bonheur humain, à travers les discordances d'opinions qui s'y rapportent, quelle est la circonstance universellement reconnue comme indispensable à l'extinction de la misère, qui afflige aujourd'hui si lamentablement, chez les nations les plus civilisées, la grande majorité des classes industrieuses de la société, les producteurs de ses richesses ? C'est le manque d'emploi, le manque d'un emploi permanent et rémunénateur. Quelles sont les causes immédiates de ce manque d'emploi ? Le manque de débouchés. Les marchandises une fois produites ne peuvent se vendre, ou ne se vendent pas à un prix qui reconstitue le coût de production : dès lors les manufacturiers, détenteurs des matières premières et des machines, ne peuvent donner d'emploi permanent, rémunérateur aux classes travailleuses. Le remède est évidemment à chercher dans la réalisation d'un marché infaillible {imfailing market), pour les produits utiles de toute nature, étant considérés comme utiles les produits dont la jouissance dépasse la peine et le sacrifice de leur production.

C'est là ce qu'accomplit le système de l'industrie coopérative, non par la vaine recherche de marchés étrangers à travers le e^lobe : à peine sont-ils trouvés en effet, que ces débouchés sont envahis par la concurrence sans frein de producteurs aux abois ; mais par l'union volontaire des classes industrieuses et productives, et en nombre suffisant pour s'offrir les unes aux autres un marché^ en travaillant les unes pour les autres , pour satisfaire mutuellement à leurs besoins les plus indispensables (nourriture, vêtement, habitation, mobilier) : telle est la base simple de l^ Economie politique coopérative ; elle a pour premier objet de bannir la pauvreté et le besoin du sein des classes travailleuses, (la grande majorité de l'espèce humaine), en lui assurant un emploi productif : sur cette base, on élèvera par des réformes ultérieures, de toute nature, la superstructure du bonheur social (1) ».

En donnant plus de solidité aux projets de communauté, il prolonge aussi avec un plus vaste savoir et surtout une plus rigoureuse méthode, l'effort de synthèse sociologique tenté par Owen ; c'est en partant de l'influence du milieu sur le caractère, que celui-ci avait conçu les plans d'éducation qu'il réalisa pratiquement ; en transportant cette conception de l'influence du milieu dans l'étude de la vie sociale tout entière, il conçut tout le développement intellectuel et moral des hommes comme subordonné àleuis conditions économiques, et les changements de celles-ci comme soumises à la législation et au gouvernement ; il réunit alors dans une synthèse plus ou moins rigoureusement établie, l'Economie politique, la théorie du développement intellectuel et moral, la Morale, le Droit et la Politique. W. Thompson, nourri de fortes études, à la fois spéculatives et pratiques, directement et (i) W.Thompson, Procîcai directions ^Qic. Introductory observations.

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