‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 207 sur 229 · VII. — W. THOMPSON ET SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

VII. — W. THOMPSON ET SON ŒUVRE

vante pourrait élever ou abaisser le prix des produits. Par quels moyens ou par qui ces articles seront consommés, si c'est par la masse des producteurs, en répandant la joie à travers une population pressée., ou si c'est par un petit nombre vivant dans des palais, entourés d'innombrables appétits, sans joies et malades, n'a pas non plus de signification pour eux. Le problème, pour eux, est de réaliser le plus grand produit, et d'assurer la plus grande consommation, la plus grande demande effective (1). »

Thompson reproche ainsi aux économistes de l'époque de méconnaître que Vhomme, son bonheur est la fin même de la science économique, et non la richesse ellemême.. Il condamne la science pour ne pas se proposer une fin morale à atteindre, et pour se proposer comme fin ce qui n'est qu'un moyen, la richesse : de même qu'il a condamné les intellectuels pour s'être, non pas trop préocccupés de la fin morale, du perfectionnement de l'homme, mais trop peu des conditions économiques d'y parvenir.

Aucun des deux groupes de penseurs ne peut ainsi atteindre la vérité, ni réaliser le bonheur de l'humanité, parce qu'ils n'ont, l'un et l'autre, mis en lumière que l'un des aspects de la vérité.

Parmi les intellectuels, Thompson comprend même on l'a vu, des penseurs comme Godwin, l'auteur illustre de la Political Justice.

« Les moralistes, dit Thompson, sont iguorants des vérités de l'économie politique... ; les économistes ne dirigent leur attention que sur la production et l'accumulation des richesses, ils ne considèrent sa distribution que pour autant qu'elle influe sur la reproduction et

(i) W. Thompson, Distribution of Wealth, p. ▼ — édition de 1824. Denis II. 32

raccumulation, laissant aux moralistes de rechercher ses effets sur le bonheur, et traçant une large ligne séparative entre les spéculations matérielles, solides, et la philosophie aérienne de l'esprit. » Thompson entreprendra de rattacher le ciel de la pensée à la terre (1).

L'homme étant un être complexe, la vraie solution doit être cherchée dans la synthèse des deux points de vue. « Il est toujours nécessaire, dit Thompson, d'avoir en vue la nature compliquée de l'homme, c'est-à-dire l'instrument avec lequel on opère, et la créature sur laquelle il doit être opéré. » Il entend par là : dont le bonheur doit être assuré. C'est ainsi que l'économie politique est rattachée, par lui, à la science sociale, en s'unissant à la morale, et la science sociale, au point de vue pratique, dans ses applications, n'est plus que V art du bonheur social. Dans le livre où Thompson a résumé sa pensée et lui a donné toute sa portée pratique, les Practical directions, la science sociale apparaît comme l'application d'un vaste système de connaissances physiques et morales à l'organisation sociale, de manière à produire, par le développement des facultés de tout individu, les moyens d'assurer la santé, les conditions des plaisirs mentaux et sociaux^ au plus haut degré, à tout être hu main (2). C'est en se plaçant à ce point de vue que la théorie de la distribution des richesses lui a apparu comme d'une importance capitale. Car l'accroissement indéfini de la production et l'accumulation des richesses ne servent de rien, si les neuf dixièmes de la population sont livrés à la misère, et que le reste jouisse dans l'indolence d'une profusion de richesses.

(1) W. Thompson, Distribution of weaith, p. vtii.

(2) W. Thoupson, Practical directio7is, etc., p. 207.

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Sans doute, dans les temps antérieurs, les maux de l'inégale distribution des richesses ont été reconnus, mais dans les efforts pour la modifier, l'ignorance a toujours recouru à la force ; or, le recours à la force fait disparaître la sécurité, sans laquelle l'essor même de la production des richesses est impossible.

La solution doit être demandée à une entente volontaire et pacifique. C'est ainsi qu'il cherche à résoudre, dans une synthèse, les deux aspects du problème social : la production abondante et continue, et la distribution juste, double gage de la perfectibilité indéfinie de l'homme.

« Ici, dit-il, l'important problème de la morale sociale est : Comment réconcilier l'égalité avec la sécurité ; comment réconcilier la juste distribution avec la production continue ? y> (l).

Ce problème forme précisément l'objet du livre même, il recherche les lois naturelles selon lesquelles la distribution équitable sera introduite dans le domaine de la richesse, et par lesquelles la sécurité sera assez assurée à tous, pour que la production atteigne le plus haut degré d'intensité et de régularité, et que l'expansion du bonheur puisse, dès lors, être la plus générale.

Il faut bien comprendre ce qu'il entend par lois naturelles de la distribution des richesses. Ce ne sont pas les rapports constants entre les phénomènes de richesse et leurs causes ; elles n'expriment pas les tendances des phénomènes de richesse, tels qu'ils s'accomplissent, mais la direction qu'ils doivent prendre pour réaliser le bonheur^ elles expriment ce qu'ils doivent être.

« Par lois naturelles, dit-il, chapitre i, page 3, les

(t) Dislribiilion of ucalth, p. xiv.

économistes comprennent, ou devraient comprendre les règles générales, ou premiers principes sur lesquels la distribution des richesses devrait être fondée, pour produire la plus grande somme de bonheur dans la société. »

11 est intéressant de noter que cette conception des lois naturelles est exactement celle des physiocrates.

« Les lois naturelles, disait Quesnay (Droit naturel, chapitre v), sont ou physiques ou morales.

« On entend ici par loi physique, le cours réglé de tout événement physique de l'ordre naturel, évidemment le plus avantageux au genre humain.

a On entend ici par loi morale la règle de toute action humaine de l'ordre naturel conforme à l'ordre physique, évidemment le plus avantageux au genre humain, »

11 y a, entre les lois naturelles de Thompson et de Quesnay, et les lois naturelles au sens positif, les différences qui existent entre les sciences pratiques, qui se proposent un but à atteindre, et les sciences théoriques, qui ne se proposent d'autre objet que la constatation dos rapports des choses.

Cependant, les principes dirigeants de la pratique, ou les lois naturelles de Thompson, ne sont que la déduction des tendances réelles de la nature humaine, que ce penseur commence par observer, et recueillir à l'aide des méthodes inductives, mais plutôt en recourant à l'observation de l'individu qu'au témoignage de l'histoire.

Reproduisons d'abord, en une série de propositions, la plupart textuellement empruntées à l'auteur, mais classées dans un ordre un peu différent du sien, la quintessence même de la partie didactique de l'œuvre.

La tendance fondamentale de la nature humaine, à laquelle toute la théorie de la distribution se rattache,

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