VII. — W. THOMPSON ET SON ŒDVRE
C'est peut-être la difficulté d'acconiplir ce devoir, dont parle Holyoake, qui a retardé si longtemps, pour Thompson, l'heure d'une appréciation juste.
§ 2. La sociologie économique et les lois naturelles de la production et de la distribution des richesses. — Comme O^ven et comme Bentham, W. Thompson est dominé dans son œuvre par la préoccupation de la science sociale. 11 est très important de saisir la position que Thompson a prise.
Il divise en deux groupes les penseurs de son temps qui portent leurs préoccupations sur les problèmes de la production et de la distribution des richesses ; l'un forme le groupe qu'il appelle intellectuel ; l'autre, le groupe qu'il appelle mécanique. Cette opposition correspond à celle du. physique et du moral. Ce qui caractérise l'un de ces groupes, c'est qu'il voit surtout les fins morales à atteindre, sans approfondir assez la recherche des conditions physiques ou matérielles d'y atteindre ; et ce qui caractérise l'autre groupe, c'est qu'il s'arrête souvent aux moyens physiques ou matériels, qu'il prend pour des fins. L'aspect physique aux yeux de Thompson c'est le travail et la richesse qu'il produit : le travail communique la direction aux énergies toujours actives de la nature et coopère avec elles. L'aspect moral, ce sont les conceptions idéales de l'esprit sur la perfectibilité, le développement de la sympathie, de la bienveillance mutuelle entre les hommes. Le groupe intellectuel de Thompson, auquel appartenait par exemple Godwin, ne voit dans l'homme que l'esprit, ne considère que la morale et la vertu comme moyens d'atteindre le bonheur, et néglige l'aspect physique du travail, sans lequel cependant le développement de l'esprit et de la morale n'est pas possible.
Les penseurs mécanicistes oublient l'homme et son perfectionnement, l'essor des sympathies des puissances morales, qui seules assureront la généralisation de ce perfectionnement de l'homme. La créature humaine n'est qu'un agent mécanique, comme la charrue et les chevaux, avec les mouvements desquels elle combine ses mouvements.
Thompson accuse ici les économistes purs, professant que la science n'a pas d'autre objet que la richesse, d'appartenir à cette classe de penseurs. Jl reproduit en termes plus durs encore les attaques de Sismondi contre la Ghrématistique, qui propose à l'économie politique la richesse comme fin à atteindre, et pour laquelle l'homme, le travailleur, est, à un degré plus ou moins élevé, un moyen.W faut rappeler, pour comprendre à la foisThompson et Sismondi, que les disciples de Smith avaient étroitement circonscrit le domaine de la science. J. Mill disait encore : « Il semble important de dégager cette science de toutes les considérations qui ne sont pas entièrement de son essence. Nous n'avons uniquement en vue, que de rechercher quelles sont les lois qui règlent la production et la consommation des objets tels que l'intervention du travail humain est nécessaire pour se les procurer. » Et Nassau Senior : « J'assigne à l'économie politique pour objet la richesse et non le bonheur. » Il me semble entendre Sismondi^ quand Thompson s'écrie avec la même amertume, s'adressant aux économistes : « Par quels moyens ou par qui les marchandises seront produites, par des chevaux, des hommes, des esclaves ou des non-esclaves, avec un rude travail ou un travail facile, par des efîorts salutaires ou destructifs de la vie, cela n'a pas de signification pour eux : à cette seule exception, que l'usure de la machinerie inanimée ou vi-