‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 222 sur 229 · VII. — l'œuvre de THOMPSON · texte numérisé non relu

VII. — l'œuvre de THOMPSON

11 se lie, comme on le verra, aux saint-simoniensparle principe de répartition : le principe de sécurité reparait, avec des caractères propres, chez les saint-simoniens sans la transmission héréditaire des capitaux^ et l'inégalité historique de fait dérivant du droit de succession.

Il admet l'inégalité, dans la mesure oii elle est compatible avec la sécurité, car la sécurité exige la proportionnalité de la rémunération au travail; mais les limites de l'inégalité sont beaucoup plus étroites que dans le Saint-Simonisme : en général il reste fidèle au principe d'Owen, suivant lequel les besoins rationnels de chacun sont également satisfaits par la communauté.

Mais à l'égard des institutions directrices, il est loin des saint-simoniens. Les saint-simoniens reviennent à l'autorité, il y a un père de la famille sociale, pape d'un culte nouveau. Rien que le libre contrat, le contrat volontaire dans Thompson. Il est hostile au gouvernementalisme, il tend à l'éliminer comme Godwin. Le gouvernement est un mal qu'il veut réduire au minimum. Son principe de l'échange libre et égal le rapproche de Proudhon; comme Proudhon, il admet que la valeur est basée sur le travail. Comme Proudhon, il veut le règne du contrat, et non celui de l'autorilé.

11 prépare Marx, cependant la théorie de la plus-value n'est pas encore dans Thompson telle que Marx la con çoit. Le capitaliste achetant la force de travail pour la quantité de travail que son entretien coûte, et disposant du surplus du produitde cette force, voilà l'idée de Marx ; Thompson et Sismondi entrevoient cette théorie, mais sa constitution attend une analyse plus puissante encore, que celles de Thompson et de Sismondi.

Eloignés de Charles Fourier par la conception del'égalité, Owen et Thompson se lient cependant à lui par

le principe de l'économie des ressorts, et de l'utilisation parfaite de toutes les forces de travail, de toutes les énergies humaines, par la conception d'un organisme élémentaire de l'ordre social, la communauté de coopération mutuelle et égalitaire des uns, la commune sociétaire de l'autre.

Telle est la position historique si profondément intéressante et complexe de cet homme remarquable, qui fut l'un des penseurs les plus pénétrants du commencement dîi siècle, en môme temps que l'un des réformaleurs pratiques les plus sains et les plus éclairés.

Page 1