VIII. — CONCLUSIONS
davantage de relativité historique, la science des richesses s'est rapprochée de la morale et du Droit, ses liens naturels avec la sociologie se sont resserrés ; l'étude directe des débuts de l'ère de la grande industrie, des effets de la concentration des entreprises et de l'introduction des machines a préparé la chute d'une chréniatistique abstraite et déductive, planant au-dessus de l'humanité, et reporté au premier rang la considération de l'homme comme fin de la richesse, subordonné la Science économique à l'Ethique, dégagé les traits plus ou moins vagues et incertains encore d'un Droit économique nouveau, et de fonctions nouvelles de l'Etat.
Il y eut ainsi à la lois un travail de dissolution et des essais de reconstitution de la pensée e'conomique. A. Comte, écrivant quinze ans après la mort de Ricardo (l), vit admirablement tout ce que l'Economie politique avait encore de mélaph5^sique, et à quel point était funeste son détachement de la sociologie ; mais il ne vit pas, et c'est ce qui explique la faiblesse et les lacunes de sa statique sociale, l'œuvre organique qui se poursuivait dans ce grand débat oii Ricardo, Say, James Mill, MacCulloch, JMalthus, Sismondi, Owen et Thompson ont été engagés, et qui eut pour véritable objet les problèmes fondamentaux de la statique et de la dynamique économiques ; le point central en fut cette balance de la production et de la consommation que Smith plaçait bien au-dessus de la balance du commerce, et dont Sismondi, aussi bien que Thompson, faisait l'objet capital de l'Économie politique : c'est le Tableau écono-
(1) Le tome IV du Coun de philosophie positive, qui renferme la critique de l'Economie politique (p. 19 4 et suiv., éd. de 1864) et les considérations générales sur la statique sociale (oO'^ leçon), est de 1838 ; on y reviendra par la suite.
miqae des physiocrates transporté dans l'Evolution historique, la théorie de l'équilibre mobile de la vie de nutrition collective, avec toute la complexité des sociétés industrielles avancées, et surtout avec la séparation de plus en plus complète du capital et du travail. On est frappé de l'unité imposante qui relie toutes les conceptions ; ce sont des problèmes du même ordre mais à des degrés différents de complexité, qu'ont à résoudre Ricardo, considérant un Etat centralisé avec une division de travail étendue, et II. Owen proposant à la base une multiplicité de communautés locales, mais l'un croit la distinction des classes naturelle et indéfectible, l'autre la croit historique et provisoire. Ricardo, avec une puissance de coordination extraordinaire, a déduit de la psychologie de l'individu un vaste système de rapports : constitution de la valeur, échanges au dedans et avec le dehors, mouvement international des métaux précieux, tout gravite vers une norme, vers un équilibre stable dans des conditions de liberté illimitée '. il justifie par là dans sa statique optimiste le droit invidualiste, la psychologie abstraite de l'Ecole, le laisser-faire, l'abstention de l'Etat; il nie les ruptures générales d'équilibre, les crises générales ; les seules qu'il reconnaisse sont dues aux erreurs de l'intérêt personnel, et ne peuvent être corrigées que par cet artisan exclusif de l'équilibre. Mais une fois la généralité des crises reconnue par Mallhus, Sismondi, Owen, tout l'édifice s'ébranle, le problème des conditions de stabilité de l'équilibre se complique, la gravité de la séparation du capital et du travail éclate, l'instabilité toujours renaissante du travail et la dépréciation de sa valeur déterminent la recherche d'une structure juridique nouvelle, l'introduction d'éléments nouveaux de psychologie économique