II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS 6t
vers le règne animal et le règne végétal, les semences de vie au large, de la main la plus libérale et la plus prodigue : The seeds of life icith the most profiise and libérai hand, l" édition, ch. i. Or, la puissance reproductive des êtres est d'autant plus faible que leur organisation est plus élevée ; l'homme, le plus complexe îles êtres a, en fait, une puissance de reproduction inférieure à celle des végétaux: et des animaux dont il se nourrit. C'est ce que l'on a opposé à Malthus (Carey, Principes de la science sociale^ ch. m).
Mais ce qui, d'après Malthus, doit être mis en rapport avec la tendance de l'homme à multiplier son espèce, c'est la tendance même du sol à fournir leurs conditions d'existence aux plantes et aux animaux dont l'homme se nourrit, et non pas la fécondité absolue des animaux et des végétaux. 11 faut remarquer ensuite que Malthus fait ici abstraction du point de vue extensif, dans les progrès de la production pour concentrer son esprit sur les progrès intensifs. Les savants modernes se sont appliqués à montrer après (jrodwin lui-même combien la rupture d'équilibre, cà supposer la loi et la population exacte, serait reculée si toutes les terres fertiles du globe étaient cultivées (1).
Mais Malthus veut déterminer, par une loi générale, le degré d'élasticité que l'homme peut donner à la productivité de tout sol quelconque déjà occupé, il cherche la limite de l'action de l'homme sur la nature ; une telle loi. dans son expression rigoureuse, devrait se déduire des lois de la chimie agricole et de la biologie : Malthus ne peut interroger que la pratique de son temps.
Il faut se placer avec lui, non dans un pays neuf comme
(1) V. P. Leroy-Beaulieu, Traité IV, VIl« partie, cli. i. — Franz OrPENHKiMER, Da.s Bcvôlkerungagesetz def^ T. R. Malthus und der nciiercn ciationalôkonomie, ch. iv, B.
les Etats-Unis, où la progression des subsistances serait aussi rapide que celle de la population môme, mais dans des conditions telles que toutes les terres fertiles soient mises en culture, et que l'homme ne puisse plus obtenir d'accroissement de subsistances que des améliorations dans la culture des terres déjà occupées, ou de l'occupation de terres moins fertiles. Or, il soutient que les progrès ne peuvent être constants : ceux que Ton pourra réaliser seront successivement de moins en moins considérables. Maltbus suppose un pays d'Europe dans lequel, grâce à la meilleure exploitation et aux encouragements les plus puissants donnés aux cultivateurs, le produit de la terre double en 2o ans. Dans les 23 ans qui suivront, il sera impossible d'espérer que le produit du sol suive cette môme loi de doublement, « Ce serait contraire à toutes les notions que nous avons acquises sur la fécondité du sol, dit-il, it icould be contrarij to ail our knoicledge ofihe qualities of land. » Les connaissances auxquelles il fait allusion sont purement empiriques, elles n'avaient pas non plus l'universalité que leur assigne iMalthus ; et, chose intéressante, des agronomes de son temps comme Anderson, le précurseur de Ricardo, étaient d'un avis tout opposé. En 1801, dans ses « Récréations sur i agriculture », il écrivait : (( Le cultivateur ne pourrait ajoutera l'étendue du sol, mais il [)ourrait ajouter à sa productivité d'année en année, de manière à conserver l'harmonie avec la population, to keep ]>ace ivith tlie population, quelle qu^elli- put être, ivhatever that might be » (cité par Cannan, p. 143).
Malthus n'invoque d'ailleurs aucune expérimentation systématique, il se borne à un exemple hypothétique, alors que pour la population il tente de se baser sur des faits précis.