‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 33 sur 229 · II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS · texte numérisé non relu

II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS

gies morales, en élevant par degrés le minimum d'existence, soustraire le travail à ce qui reçut le nom de loi d'airain.

La loi statique avait été formulée par Godwin luimême dans les termes suivants : « 11 y a un principe dans la société humaine par lequel la population est perpétuellement ramenée au niveau des moyens de subsistance. C'est ainsi que parmi les tribus errantes de l'Amérique et de l'Asie, nous n'avons jamais trouvé dans le cours des âges que la population se fût accrue à ce point de rendre nécessaire la culture de la terre. » (1)

Malthus ajouta le commentaire suivant qui révèle sa pensée : « Le principe que M. Godwin mentionne ici comme une cause mystérieuse et occulte, et qu'il ne tente pas de rechercher, sera trouvé dans la loi broyante de la nécessité {grinding laiv of necessity), c'est la misère et la crainte de la misère. » (2)

C'est en effet là qu'est un autre trait important de l'œuvre de Malthus, c'est l'étude qu'il fait des agents de cet équilibre inflexible. « Bien que l'on ait distinctement établi, dit-il encore, que la population doit toujours être, ramenée au niveau des moyens de subsistance, cependant peu de recherches ont été faites sur les différents modes par lesquels ce niveau est établi, et le principe n'a jamais été poursuivi dans ses conséquences » (2^ édition. Préface).

Dans la première édition de son livre, Malthus les résume en termes effrayants : « La puissance supérieure de la population ne peut être contenue sans produire la misère et le vice, l'ample portion de ces deux amers

(1) Godwin, Political Justice, 1. VIII, ch. ii.

(2) Parallel chapters, etc., 1"= édition, ch. x, p. 47.

ingrédients dans la coupe de la vie humaine, et la continuité des causes physiques qui semblent les avoir produits, n'en apportent qu'un trop convaincant témoignage. » (1) Chez les animaux, l'instinct reproducteur est réprimé par le manque d'espace et de nourriture ; c'est l'obstacle destructif ou positif qui fait disparaître les êtres existants ; chez les hommes, l'action de cet obstacle est plus complexe. La crainte de la misère et de ses suites, quand elle détermine l'homme à contenir l'entraînement de la nature à un attachement prématuré à une seule femme, produit presque nécessairement, quoique non pas d'une manière absolue, le vice: this restraint almosl necessarily^ thougt not absolutely so, produces vice (2). Tels sont donc les artisans terribles de l'équilibre.

C'est ainsi que Malthus ruinait la réforme égalitaire de Godwin. Dans notre vieille Europe, disait-il, la population presse les limites des subsistances ; le vice et la misère ou la crainte de l'un et de l'autre en rétablissent le niveau. Aux Etats-Unis, il y a plus d'espace et plus de nourriture qu'en Europe ; il y a aussi plus de simplicité et de pureté dans la vie : la population y double tous les 25 ans. Dans la société égalitaire de Godwin, où le confort sera au début plus grand pour la masse, et où les mœurs seront encore plus pures, la population ne rencontrera plus aucun frein. Elle ne tardera pas à se heurtera la barrière inflexible delà progression arithmétique des subsistances: alors les loisirs que Godwin promet à sa société idéale s'évanouiront, la lutte ancienne pour la vie reparaîtra avec le triomphe des mieux doués, le retour de l'inégalité et des classes.

(1) Parallel chaptcrs, p. 18.

{2)Parallel chapters, p. 14.

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