‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 35 sur 229 · II, — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQCE DE MALTHUS · texte numérisé non relu

II, — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQCE DE MALTHUS

lequel les époux auront réalisé l'industrie et le capital nécessaires pour pourvoir aux besoins d'une famille, pourvu que cette contrainte morale ne s'accompagne d'aucune irrégularité de la conduite.

Il faut saisir la savante distribution de V Essai sur la Population, car il est rare qu'on l'étudié dans toutes ses parties et dans son ensemble. Toute la doctrine essentielle est renferme'e dans les deux premiers chapitres du livre I. La progression de la population, celle des subsistances, la nécessité de l'équilibre, la nature des obstacles qui le réalisent en l'absence d'une harmonie préexistante entre les deux lois, tout y est exposé en vingt pages. Ce sont ces vingt pages que beaucoup de critiques et de défenseurs de Malthus se sont bornés à lire.

C'est la part fondamentale de la méthode déductive. L'application de Tinduction, l'étude historique et comparative des conditions dans lesquelles l'équilibre s'établit embrasse le reste de l'ouvrage^ et on peut y marquer trois divisions nettes et simples, données par la considération du passé, celle du présent^ celle de l'avenir au point de vue de la population. La considération du passé, comprise dans les onze derniers chapitres du livre I, renferme la vérification de l'action du principe de la population et de celle des obstacles dans l'histoire des peuples anciens. La considération du présent^ comprise dans le livre 11, c'est la vérification des mêmes lois dans l'histoire des peuples modernes. La considération de l'avenir comprend les livres III et IV. Le livre III est consacré d'une part aux systèmes d'égalité de Wallace, Godwin, Condorcet, Owen et à leur influence probable sur le principe de la population ; d'autre part, à tous les expédients conçus pour en conjurer les effets ou qui intluent sur les maux qu'il engendre, en bien ou en mal :

l'émigration, les lois sur les pauvres, les systèmes économiques des sociétés, système agricole, système commercial, système agricole et commercial combiné, législation sur les grains. Le livre IV, après que Malthus s'est eiîorcé d'établir l'impuissance, l'insuffisance et les effets funestes de tous les systèmes proposés, ou de tous les expédients auxquels on a recouru, est consacré à cet obstacle normal, la contrainte morale, sur lequel Malthus fonde exclusivement l'espérance de guérir ou d'adoucir les maux qu'entraîne le principe de population. Le livre V n'est qu'un appendice destiné à confirmer la doctrine par la critique de toutes les réfutations qui ont été faites de l'ouvrage.

Tel est l'enchaînement logique et remarquable des divisions de V Essai. Mais l'unité de composition de l'œuvre se révèle sous d'autres aspects avec une véritable grandeur, si imparfaite que soit cette doctrine de la population ; c'est que Malthus^ dans l'étude comparative des peuples, s'élève à la hauteur de la philosophie de l'histoire. On peut dire sans hésiter qu'il a préparé une interprétation nouvelle du mouvement général de l'histoire de l'humanité en faisant intervenir dans cette interprétation deux facteurs essentiels, la population et les subsistances, deux causes fondamentales : une cause biologique, l'instinct de reproduction, une cause physique, la productivité du sol. Mais ce n'est pas tout, il associe encore manifestement l'évolution mentale de l'humanité au mouvement progressif de la population et des subsistances. C'est qu'en effet les trois groupes d'obstacles peuvent au point de vue psychologique et moral, en tant qu'ils dépendent de Yhomme, former la série suivante : les obstacles destructifs, les obstacles préventifs dérivant du vice, l'obstacle préventif dérivant

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