II. — LA. DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHDS
individuelle (1). Elle est donc le stimulant de la production.
Malthus a dégagé du concours de ses deux lois physique et biologique la conception de la lutte pour l'existence, que Darwin devait transporter dans la biologie. La propriété, par les caractères qu'il lui donne, rend inégales les conditions naturelles de la lutte. Il reconnaît que la propriété commune ne poursuivant aucun profit, mais seulement la subsistance, ne s'arrêterait pas aux limites de productivité que la propriété individuelle, cultivée par des non-propriétaires, ne dépasse pas : c'est qu'en effet là où la terre est cultivée par des non-propriétaires, la règle est de n'employer jamais un ouvrier au travail du sol s'il ne produit au delà de la valeur de son salaire (2). La propriété permet ainsi par cette plusvalue, par la rente, de réaliser du loisir pour la culture intellectuelle et la distraction. Seulement, ce n'est pas la masse des non-propriétaires qui en jouit, elle travaille pour que d'autres se reposent. Malthus n'est pas favorable à la concentration de la propriété en peu de mains ; il reconnaît le tort que font les grands propriétaires à la nation (3) ; mais il défend cependant avec une sorte de respect superstitieux l'aristocratie territoriale anglaise ; il trouve qu'il y a assez de grandes fortunes morcelées, et que celles qui subsistent ont l'utilité d'exciter les manufacturiers et les commerçants à s'enrichir pour disputer la puissance à l'aristocratie. Il la défend encore par des considérations historiques et politiques (4).
(1) Malthus, Principes de l'Economie politique, 1. III, ch. i, sect. 8.
(2) Essai, 1. III. ch. x, p. 408.
(3)BoNAR,p. 77.
(4) Principes, p. 336.
Subordonnant l'existence et la reconnaissance du droit aux puissances physiques, il n'a que des vues étroites et erronées sur tous les efforts tendant à réaliser l'expansion de cette puissance.
Quand il s'agit de généraliser la propriété individuelle, il soutient qu'au delà de certaines limites et de limites étroites, elle devient un obstacle au progrès. C'est à ce point de vue pessimiste qu'il juge les effets de ce qu'il appelle V expérience dangereuse de la France sur la subdivision de la propriété (l). La législation civile de la Révolution, sur l'égal partage des successions, tend d'après lui à décourager la prudence à contracter mariage, et il prédit pour la tin du xix® siècle, une misère aussi remarquable que l'égalité des fortunes, Malthus devait être doublement dans l'erreur : l'égal partage n'aboutit pas par lui-même à l'extrême morcellement et à l'extrême misère, et la propriété moins divisée a fait naître des calculs immoraux menaçants pour la population même (2), A Arthur Young, qui propose une défense de la petite propriété, imparfaitement conçue d'ailleurs, il répond que ce serait un coup fatal porté à la classe pauvre, une gratification à la procréation des enfants (3). II n'entrevoit pas l'inlluence positive que peut exercer sur la prévoyance la propriété aux mains du travailleur et que Sismondi {Nouveaux principes, \. VII et VIII) et Thornton {Over population and ils remédies) devaient si profondément étudier. Elle n'aura pas pour la masse travailleuse cette vertu sociale, qu'il lui assigne, d'accroître
(1) Principes (P Economie politique, ch, i, section 7.
(2) De Foville, Le morcellement, 103. Baudrillart, Les 2^opiilations agricoles de la France, et Mill, Principes.
(3) Essai, p. 540-42,