‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 43 sur 229 · II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS · texte numérisé non relu

II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS

le sentiment de responsabilité, de dépendance de son propre elîort, de prudence dans le mariage.

La prétendue réfutation d'un droit nouveau, basé sur les systèmes d'égalité, présentée par Malthus^ s'inspire à la fois de la môme conception des lois naturelles, et d'une psychologie dans laquelle le sentiment de l'intérêt personnel domine, ne laissant pas de place à l'altruisme, et où même les ressorts intéressés de la contrainte morale sont imparfaitement analysés.

Wallace et Condorcet admettaient Téventuallté d'une rupture d'équilibre entre la population et les subsistances, mais à une époque très éloignée. Malthus leur répond que cette rupture d'équilibre menace sans cesse la société. On peut juger aujourd'hui de l'imperfection de la psychologie économique de Malthus en relisant sa critique de Condorcet. Ce précurseur illustre des réformateurs sociaux modernes avait conçu un vaste système d'assurances. Malthus le condamne parce qu'il doit émousser l'aiguillon de la nécessilé et réduire la stimulation au travail. Malthus ne voit comme ressort de l'aclivité productrice que le fouet de la nécessité et la terreur qu'elle inspire. C'est vrai peut-être à l'origine, mais la sécurité que donnent les systèmes d'assurances et les garanties du travail portent aujourd'hui à un degré bien supérieur l'énergie du travailleur, et épargnent des forces dépensées en luttes et en soufîrances stériles (1).

(1) Pour juger de l'erreur de Mallhus, il faut lire les appréciations des savants allemands sur le système des assurances ouvrières. Boediker en fait un facteur essentiel de l'heureux développement économique de l'Allemagne moderne et Zacher a rappelé au Congrès des assurances ouvrières de Paris (1900) le mot de Macaulay : on ne peut soutenir la concurrence sur le marché du monde avec un peuple de dégénérés.

La critique qu'il fait de Godwin n'oppose pas étroitement, comme on le croit trop souvent, les plans d'amélioration exclusivement fondés sur les progrès de la moralité individuelle et que Malthus approuve seuls, à ceux qui sont exclusivement fondés sur la réforme des institutions. Le plan de Godwin est inséparable d'une réforme morale, mais dans une direction altruiste. Malthus suppose le plan d'égalité réalisé. Les maux engendrés par l'institution de la propriété individuelle et par l'inégalité sont éliminés ; les travaux sont répartis entre tous de manière à n'accabler personne : le produit collectif est distribué selon les besoins. Malthus ne doute pas que l'égalité établie entre les propriétés, jointe à la direction du travail vers l'agriculture, n'augmente de beaucoup le produit : mais s'il double en vingt-cinq ans, la loi de productivité du sol n'opposera pas moins une résistance de plus en plus étroite aux progrès ultérieurs.

C'est à l'égard de la population que Malthus triomphe de Godwin. Godwin admet la liberté des unions : sans doute, les unions libres subsisteront aussi longtemps que les conjoints se conviendront, mais la charge directe des enfants, dans les conditions de solidarité sociale de ce plan hypothétique, ne sera pas exclusivement supportée par les parents, le ressort de la responsabilité individuelle se sera relâché. Malthus ne conçoit pas d'état social plus favorable à la population, plus prompt à en entraîner l'excès. C'est alors qu'il peint en traits d'une sombre éloquence le retour progressif des antagonismes, des haines, avec le progrès del'inéquilibre des besoins et des subsistances, jusqu'à ce que la société, épuisée par la lutte, désillusionnée, désespérant de l'utopie, se réfugie dans les institutions qui consacrent les inégalités sociales

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