‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 51 sur 229 · II. — LA. DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS · texte numérisé non relu

II. — LA. DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS

nisation sociale égalitaire et môme jusqu'aux plus modestes efforts pour améliorer, d'une manière durable, l'état social et moral de l'humanité ne pouvaient qu'accroître l'énergie. A la fin du xix"' siècle, l'action volontaire, consciente et réfléchie de l'homme sur la propagation de son espèce est conçue de plus en plus comme décisive, l'action inhibitrice va jusqu'à faire naître des terreurs du même or4re que Vimpulsion instinctive qu'elle discipline de plus en plus ; et cette action volontaire à son tour est relative à l'ensemble des conditions sociales et à l'état historique de civilisation.

Le facteur psychologique qui tend à assujettir directement le facteur biologique et à contenir la reproduction de l'espèce est lui-même subordonné au facteur sociologique; un phénomène d'une importance considérable, la diminution de la natalité qui s'observe chez les nations les plus avancées et qui, de 1871-73 à J 891-93, a été de 13 0/0 en Angleterre, de 12 0/0 en France, de 10 0/0 en Belgique et en Suède, de 9 0/0 en Hollande, de 7 0/0 en Suisse et en Allemagne, de 6 0 0 en Autriche^ est rattaché directement à l'état de civilisation et aux conditions des classes sociales ; la relativité historique, préparée par toute la critique du xix" siècle, s'empare définitivement de la théorie de la population : des causes dérivant du milieu social même, du système social, variables dans leur nature et leur intensité, prennent la place d'un principe absolu, universel, constant de causalité. C'est dans la relativité et la complexité des causes historiques, dans l'influence accumulée des générations que tendent à s'unifier les doctrines modernes ; on est frappé du rapprochement, sinon de la convergence qui s'opère, à la fin du xix° siècle, entre des théoriciens d'ailleurs si distincts, tels par exemple, que P. Leroy-

Beaulieu, Arsène Dumont, Gonnard en France, Gannan en Angleterre, Franz Oppenheimer, Julius Wolf en Allemagne, Francesco Nitti en Italie ; soit que la constitution économique, les conditions relatives et l'inégalité des classes sociales deviennent les facteurs dominants, soit qu'un ensemble plus complexe de causes inhérentes à un état donné de civilisation détermine la marche de la population, le caractère historique de la théorie n'en prévaut pas moins définitivement. Après que l'extrême dépression des conditions du travail a réussi à expliquer l'imprévoyance et l'excès de population, l'exaltation de l'individualisme et la capillarité sociale servent à expliquer la contraction de la population, et l'on cherchera (Dumont, Nitti, Kaustky) dans le développement d'un sentiment supérieur, celui de la solidarité humaine, l'une des conditions essentielles de l'expansion normale de l'individualisme et de l'équilibre toujours poursuivi.

Avec cette transformation de la psychologie sociale, se dégagera la conception d'un Droit économique nouveau : le laisser faire de Malthus, dans des conditions d'extrême inégalité sociale, a fait de l'individualisme l'artisan de l'imprévoyance abusive et de la prévoyance coupable, il ne pouvait résoudre le problème. Des institutions juridiques, des garanties collectives nouvelles, en réduisant graduellement l'amplitude des inégalités, ne donneront-elles pas à la prévoyance à la fois un caractère supérieur, social et individuel, conscient et réi7échi, et une action régulatrice plus profonde, pour être plus continue ? Ainsi la pensée abstraite de la philosophie du xviii® siècle reparaîtrait^ avec une positivité que ni ses représentants ni JMalthus n'avaient entrevue, et se dégagerait d'un vaste système de rapports

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laborieusement mis en lumière, et l'œuvre de Malthus elle-même, débarrassée de l'absolu, élargie, complétée, épurée, rentrerait dans la continuité de l'histoire.

III. La DY.XAMIQt E ÉCOXOMtQLE DE RICARUO ET LA LOI DE PRODUCTIVITÉ DL SOL

§ 1. La loi de productivité décroissante du sol et la théorie de la Répartition. — Maltiius, avec sa seconde proposition inaugurait l'introduction, dans le principe de la population, de la loi qui devait dominer la science des richesses et surtout les conceptions d3'namiques de Ricardo : la loi de productivité décroissante de la terre, laïc of diininishing returns. Chose remarquable, elle avait été formulée par Turgot en 17ti7-(i8, avec une précision admirable, dans ses Observations sur le mémoire de M. de Saint- Péravy ! l).Tiirgot ne l'avait mise en rapport qu'avec les variations du produit net, et l'influence des impôts indirects sur le levenu des propriétaires ; après un intervalle, après l'oubli de plus d'un demi-siècle, elle devait non pas être exhumée de l'œuvre des précurseurs, mais retrouvée dans les faits, et mise en rapport avec le mouvement de la population et la genèse de la rente foncière. M. Cannan a justement montré, qu'en 1708, Malthus est loin encore d'avoir, dans sa lormule empirique, dégagé la loi de productivité décroissante àa la terre (2). 11 croit aussi que Malthus n'a pas

(1) Œuvres, édition (iuiiiaumiii, I, p. 41.'i-420 et suiv. V. t. I du présent ouvrage, p. 150 et suiv.

(2; Cannan, History of the Théories, etc., p. 144, l''« édit.)

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lu Turgot (l). On pourrait en douter à l'égard de l'édition de 1803 où Malthus se rapproche déjà de Texpression de la loi. Dans cette édition, en effet, il ajoute cette phrase : « 11 est évident, pour ceux qui ont la plus légère connaissance de cet objet, qu'à mesure que la culture s'étend, les additions annuelles que l'on peut faire au produit moyen, vont continuellement en diminuant avec une sorte de régularité (2), » N'est-ce pas là une expression un peu vague encore, sans doute, mais une expression (le la loi du rendement décroissant de la terre? Les termes mêmes rappellent ceux de Turgot : « L'on ne peut jamais supposer, disait celui-ci, que des avances doubles donnent un produit double... Il est plus que probable qu'en augmentant par degrés les avances, chaque augmentation serait de moins en moins fructueuse. » C'est dans ses recherches sur les causes et les progrès de la rente que Malthus donne à la loi sa formule définitive : « Les frais essentiels de fabrication, et la quantité de travail et de capital nécessaire pour produire une quantité déterminée d'objets manufacturés tendent continuellement à diminuer, tandis que la quantité de travail et de capital nécessaire pour obtenir le dernier supplément du produit agricole qu'on obtient dans un pays riche et en état de prospérité croissante, a une tendance constante à augmenter (3), »

11 est possible que la lecture de Condorcet ait conduit Malthus à l'étude de Turgot ; ce qui est certain, c'est que

{\) Ibid., p. 148, cf. Economie Journal, mars 1892.

(2) Comparez les pages M et 84 du volume publié en 1893 à New-York : Parallel Chaptcrs fromthc First and Second Edition of the Essay by Malthus.

(3) Malthus, Principes d'Economie politique, trad. Monjean, éd. Guillaumin, p. 167.

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