III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
Ces chiffres nous donnent les proportions suivantes :
DésignatioQ
Produit total
Rapport p. 0/^
de la rente
du profit
du salaire
li'e phase
Tel est l'état stationnaire qui resuite finalement de V opération d'une loi plvjsico-chimique : la population arrêtée dans son développement, le salaire du travail limité à une grandeur absolue invariable, bien que correspondant à une proportion croissante, l'accumulation des capitaux ne sollicitant plus à aucun degré l'intérêt personnel, le profit anéanti, et la part du propriétaire, qui ne correspond à aucun travail, portée relativement et absolument au maximum. C'est bien l'enchaînement inflexible de ces conséquences qui a laissé la trace la plus profonde dans la pensée des critiques de Ricardo ; ce sont les déductions de ce pessimisme tragique qui, d'une part, ont retenti dans les doctrines socialistes et, de l'autre, ont éveillé les protestations de l'optimisme, avec Carey et F. Bastiat.
§7. Les causes modificatrices de la loi hypothétique de la répartition, l'étendue de leur action effective d'après Ricardo. — Ainsi présentée, la conception de Hicardo exprime à un plus haut degré qu'aucune autre, la subordination des phénomènes complexes de la répartition des richesses cl, pai- là même, des conditions €Conornii|ues du dévrloi)p(;ment physique, intellectuel,
moral des différentes classesde la société, aux lois du milieu extérieur et de la reproduction de l'espèce humaine. A la vérité, elle seraitl'expressionlaplus radicale du matérialisme historique, au sens positif de l'assujettissement du supérieur à l'inférieur, si l'opération des causes physico-chimique et bioloi^ique n'était contrariée et, même, ne pouvait être complètement suspendue par la cause psychologique et morale, par la prévoyance humaine, par la contrainte morale contenant l'essor de la population. C'est du degré d'efficacité qu'il assignée son action régulatrice dans l'état social moderne, opposé à son efficacité virtuelle, que naissent toutes les contradictions apparentes ou réelles de Ricardo, et la critique impartiale doit aboutir, à nos yeux, à cette conclusion que, dans sa pensée, parfois obscure ou hésitante, toujours sincère, ce sont les premières de ces causes qui l'emportent finalement.
1 . Prix naturel et prix nécessaire du travail. — Le travail est une marchandise, aux yeux de I{icardo, et comme toutes les marchandises, il a un prix naturel et un prix courant. Le prix naturel, c'est le prix nécessaire pour permettre en général aux ouvriers de subsister et de perpétuer leur race sans accroissement ni diminution. Ricardo va immédiatement lui-même au-devant d'une interprétation étroite de sa pensée, en disant, ce que M. A. Marshall a justement rappelé (1), que le prix naturel n'est pas une quantité absolument fixe et constante de subsistances et de consommations nécessaires {necessaries), mais qu'il dépend essentiellement des habitudes et des mœurs du peuple. C'est donc aussi une grandeur relative au lieu et au temps, une grandeur
(1) Alfred Marshall, Principlcs of Economies, I, p. o»3.