III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RtCARDO 48t
historique pouvant varier avec la diversité, avec l'évolution des besoins, avec le standard of life. M. Marshall reproduit cet admirable passage de Ricardo, qui témoigne de son intérêt profond pour le standard of life élevé : « Tous les amis de l'humanité doivent désirer que les classes laborieuses cherchent dans tous les pays, in ail countries^le bien-être, les jouissances légitimes, et soient poussés par tous les moyens légaux à les acquérir. On ne saurait opposer un meilleur frein à une population exubérante. »
Considérez que le prix naturel du travail correspond à la stabilité invariable et constante de la population : dès lors ce prix naturel pourrait indéfiniment s'élever au-dessus de sa composition initiale, avec tous les progrès du standard of life des ouvriers salariés.
A. Cannan admet l'hypothèse originale où le changement dans les mœurs et les habitudes du peuple serait tel que le prix naturel du travail, correspondant à la conservation d'une population invariable, s'élevât à 100 1. st. par semaine, par exemple, au lieu de 1 livre. « La population ne s'accroîtrait pas, l'avantage de toutes les améliorations successives serait acquis par les tiavailleurs (1). » Rien dans Ricardo n'exclut a priori cette hypothèse. Mais ce serait là la récompense d'une prévoyance absolue, d'une discipline inflexible et permanente du principe de population : toutes les augmentations durables du salaire courant seraient invariablement incorporées au standard of ///e, et l'ollre du travail restant constante, aucun mouvement de recul du salaire ne s'opérerait dans une société progressive, caractérisée par l'augmentation du capital et de la demande de travail.
(1) Cannan, Théories of Production and Distribution, p. 249.
On peut concevoir aussi que toutes les augmentations successives du salaire courant, au lieu de s'incorporer au standard of life, soient appliquées à la multiplication de l'espèce humaine et alors, dans cette hypothèse extrême, l'expression du salaire naturel ne sera autre que le standard of life permanent, conforme aux habitudes du pays et auquel correspond une population en équilibre. La notion du salaire naturel, chez Ricardo, rapprochée de celle de Torrens qui a exercé sur lui une influence directe, mise en lumière par M. Gannan (1), en difl'ère par un côté essentiel. Chez Torrens, le salaire naturel est une moyenne autour de laquelle flotte continuellement le salaire courant ; chez Ricardo, c'est une grandeur au-dessus de laquelle le salaire courant peut se maintenir pendant une durée indéfinie. La tendance historique du salaire peut, dès lors, apparaître comme une tendance régressive.
M. Marshall rappelle qu'après avoir écrit l'admirable passage cité tout à l'heure, Ricardo ne juge pas utile de reproduire constamment sa pensée. Au cours de son argumentation, il semble même^ ajoute-t-il, admettre la tendance de la population à s'accroître aussi rapidement que le salaire s'élève lui-même au-dessus des pures nécessités de la vie ; une loi naturelle aurait alors pour effet de fixer le salaire au niveau de ces pures nécessités, elle ne serait autre chose que la loi d'airain du salaire (2).
Et, à cet égard, peut-on dire que Ferdinand Lassalle ait dénaturé la pensée de Ricardo ? On peut justement reprocher à Lassalle de n'avoir pas cité le passage élo-
{{) Cannan, id., p. 243 s.
(2) A, Marshall, Principles of Economies,, p. 553 s.