III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
1.800 livres pour le travail. Avec l'aide des machines et avec le même capital, il ne peut produire que 3.000 yards annuellement ; mais de ces 3.000 yards, il en peut retenir l.oOO pour son profit et par l'économie du coût de production, le drap tombe par hypothèse à 1 1. 10 sli. par yard. Est-ce que le manufacturier ne gagne pas 2.2o0 livres sur le même montant du capital, au lieu de 2.000 livres qu'il gagnait auparavant ? A''y a-t-il pas là lin motif suffisant pour lui, pour substituer le capital fixe au capital circulant, et peut-il le faire sans déplacement de travail ? Nous avons là un cas d'une marchandise devenant moins chère, parce que son coût de production est réduit, bien que sa quantité totale ait subi une diminution (1). »
Mac CuUoch, dans ses Principes, considère le cas proposé par Ricardo comme théoriquement concevable, mais en soutenant qu'il ne se présentera vraisemblablement jamais (2). Ce qui fait la gravité de l'opinion de Ricardo, c'est que, dans son explication des phénomènes sociaux, l'intérêt personnel, opérant dans une société divisée en classes, est considéré sans le contre poids d'aucun principe moral supérieur, et qu'il ne craint pas d'en montrer les redoutables effets. Et c'est là surtout que le pessimisme de Ricardo prend une signification profonde, si on oppose à l'économiste anglais, non pas Ferdinand Lassalle ou Karl Marx, mais les socialistes contemporains et, surtout William Thompson.
Ce pessimisme se traduit alors par Y impuissance de l'Ecole à concevoir et à proposer les réformes sociales qui donneraient une action décisive aux énergies morales
(1) Lctlcrs of Ricardo to Mac Cidloch, p. 107-108.
(2) Mac Culloch, Principes cV économie politique, trad. A. Planche, I, p. 240; II, p. 26-27.
de la classe travailleuse, à la prévoyance humaine, et
qui résoudraient, avec les antagonismes des classes, les
contradictions de la théorie de la valeur et de la théorie
de la répartition des richesses de Ricardo, comme elles
réaliseraient l'équilibre normal de la population. Il est
impossible de ne pas assigner à l'œuvre de William
Thompson un rôle considérable, quand on la rapproche
de celle de Ricardo -et que l'on songe que ses Recherches
sur les principes de la distribution des richesses les plus
propres à conduire au bonheur [an inquiry into the
principJes of distribution of ivealth most conducive to
human happiness) portent la date de 1824, postérieures
de trois ans à l'édition définitive des Principes (1).
C'est là que W. Thompson déduit de la théorie économique de la valeur, basée sur le travail, un Droit nouveau, et procède à la reconstitution d'une véritable sociologie économique qui rappelle la grandeur de l'œuvre incomparable des physiocrates. Ce droit économique nouveau, c'est le système de garanties propres à consacrer pour le traA'ailleur ce que Thompson appelle \q principe de sécurité, c'est-à-dire la jouissance intégrale de son produit. C'est aussi ce principe de sécurité qui, d'une part, portera au maximum l'énergie productive du travailleur, de l'autre, en élevant de plus en pins son sta)ulard of lije, avec les progrès de sa puissance productive même, lui iera contracter des habitudes de prévoyance qui contiendront de plus en plus le principe de la population. Ainsi, Thompson s'elîorce de donner une signilication nouvelle, une portée décisive, efficace, à d^ jrein d'une population exubérante resté comme le
(1) Et non (le 1827, comme Marx et Engels l'ont imprime- Nous avons dans les mains l'édition princeps.