III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
Ici, se révèlent encore la sincérité et l'incomparable droiture de Ricardo. L'histoire des variations de ses idées sur l'influence des machines en est le plus admirable témoignage. Il n'a pas craint d'atTronter la colère de son plus fervent disciple, iMac CuUoch, de fournir un argument à ceux qui soutiennent « que l'économie politique est une construction sans fondations » (1) et d'être accusé « de ruiner son propre livre, de porter une sérieuse atteinte à la science » (2). Jusqu'en 1820, l'introduction des machines n'a que des efïets favorables, aux yeux de Ricardo : elles tendent à abaisser les prix des produits et à augmenter la richesse générale, a L'emploi des machines, écrit-il, le 29 mars 1820, à Mac Culloch lui-môme, ne diminue yamai-s la demande de travail, il n'est jamais une cause d'abaissement du prix du travail, mais il est l'efîet de son élévation (3). »
[]n an après, le revirement est complet, le chapitre additionnel des Principes, le chapitre xxxi, est publié dans la troisième édition.
Là aussi reparait le génie déductif de Ricardo, car c'est de l'opération de l'intérêt personnel qu'il déduit les elTels des machines ; il se place au point de vue de la classe capitaliste qui exerce sur le mouvement économique une action prépondérante : « Tout le changement dans mon opinion est simplement ceci : je pensais d'abord que les machines rendent un pays capable d'ajouter annuellement au produit brut de ses marchandises et je pense maintenant que leur usage tend plutôt {rather tends) à la diminution du produit brut... mon opinion
[i) Letters of Ricardo to Mac CuUoch, p. 105-lOC.
(2) Letters of Iticardo lo Malthm, p. 184, 0 juillet 1821 après la troisième édition des Principes.
(3) Letters of Ricardo lo Mac Culloch, p. j7.
est que l'usage des machines diminue souvent {often diminishes) la quantité du produit brut, et bien que la tendance à consommer soit illimitée, la demande diminuera par le manque de moyens d'acquisition (1). » « Je reconnais que les machines ne seraient pas introduites si elles ne produisaient pas des marchandises à meilleur marché qu'avant leur établissement, mais je nie que si, à la vérité, elles produisent à meilleur marché, leur érection doive être profitable à toute classe de personnes ; leur introduction doit être profitable à toute classe d'acheteurs comme acheteurs, mais la question qui s'agite entre nous est de savoir si elles ne diminuent pas le nombre des acheteurs (2). » Il développe sa pensée avec une admirable lucidité : « J'admets comme aussi clair qu'aucune proposition en géométrie, que si une machine ne durait qu'une année, il n'y aurait aucune diminution dans la demande de travail, mais je n'admets pas qu'il en soit de même si la machine dure dix ans. Si la machine ne durait qu'une année, le drap produit aurait la même valeur qu'auparavant : mais si elle durait dix ans, une valeur beaucoup moindre que celle-là rapporterait les profits ordinaires du capital, parce que, bien que le même montant du capital fût employé, une moindre part en serait appliquée à l'entretien du travail et par conséquent une déduction moindre serait opérée annuellement sur la valeur brute des marchandises produites. C'est ce qui reste après cette déduction qui constitue invariablement le profit. Un fabricant de drap produit 10.000 yards de drap à deux livres par yard, ou 20.000 livres ; il paie 900 yards ou
(1) Lclten oflUcardo to Mac Culloch, 18 juin 1821, p. 106. {2)Ibid., p. 107.