‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 77 sur 229 · IV. — La statique de Ricardo et la psychologie · texte numérisé non relu

IV. — La statique de Ricardo et la psychologie

§ 1. — Echanges à l'intérieur d'un pays. — La conception de Ricardo se lie au facteur psychologique, l'intérêt personnel. Ce sera celle de l'ordre naturel des phénomènes économiques qui tendra à se réaliser sous l'empire de cette cause générale, en faisant abstraction des causes secondaires qui en modifient l'opération. Il était doublement porté à dégager cette cause générale de toute autre influence, et à lui donner une expression absolue : par sa méthode d'abord qui le portait invariablement à négliger les causes secondes, dans un effort incessant d'abstraction, ensuite, par la séparation de l'économie

politique et de la sociologie qu'il avait consommée : l'intérêt personnel était circonscrit dans l'ordre de la richesse, les motifs économiques dominaient toute sa pensée, les principes dirigeants de la science économique déterminaient toute sa conception politique. J. Bonar a dit de Ricardo que c'était une idée fixe chez lui que l'individu est antérieur à la société (1) ; c'est ce qui donne à son individualisme un caractère aussi radical ; l'intérêt de la communauté signifiait uniquement pour lui l'intérêt d'un grand nombre d'individus ; c'est ainsi que les motifs généraux, dirigeant la conduite individuelle, suffisaient à expliquer la direction sociale. Chez Ricardo il ne reste plus de trace des causes finales admises par Adam Smith, il n'y a pas d'harmonie préalable des intérêts ; de là la préoccupation si persistante de justifier a posteriori sa théorie de la valeur, de démontrer qu'elle tend à être l'expression saisissante d'une harmonie naturelle des intérêts, déduite du concours spontané des individus.

L'équilibre des intérêts dans le mouvement social de la richesse tend à se réaliser sous deux aspects : à l'intérieur d'une nation et entre les nations ; d'un côté et de l'autre c'est le même facteur psychologique qui en sera l'artisan, mais les conditions de son opération varieront profondément. A l'intérieur d'un pays, l'intérêt personnel agira dans des conditions de concurrence illimitée, impliquant dans la pensée abstraite de Ricardo,, non seulement l'absence d'obstacle artificiel, mais la mobilité absolue du capital et du travail. Dans ces conditions, sous l'empire de la cause psychologique générale, la règle qui détermine les quantités respectives des biens qui

(1) Préface des Lelters of Ricardo to Malthus, éd. Bonar.

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