‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 78 sur 229 · IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO · texte numérisé non relu

IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO

s'échangeront entre eux, ce sera la quantité comparative du travail nécessaire à leur production. Cette loi de l'échange intérieur, il la rappelle en tête du chapitre consacré au prix naturel et au prix courant {\). Il ne nie pas les déviations temporaires et accidentelles qui troublent cette direction normale, mais la tendance irrésistible à les écarter théoriquement est assez marquée par les dernières lignes du chapitre : « Après avoir méconnu les effets qui dans certains emplois du capital peuvent modifier accidentellement le prix des denrées^ celui des salaires, et les profits... nous pouvons les 7iégliger entièrement en traitant des lois qui règlent les prix naturels. » (2) Aussi admet-il que la tendance invariable de la concurrence est à réaliser non l'identité mais Véquivalence des profits dans tous les emplois. Que les prix s'élèvent avec la demande dans une industrie, l'élévation se répercutera dans les profits et les salaires, mais les capitaux, se détournant des autres industries vers la privilégiée, satisferont bientôt la demande et rétabliront l'équilibre. Toutes les circonstances qui affecteront la circulation du capital et du travail seront en théorie entièrement. négligeables ; théoriquement la mohilitè du capital et du travail est sans limites. Ricardo montre d'ailleurs avec insistance que tout le capital ne doit pas nécessairement se déplacer, il suffit de ce capital flottant dont disposent sans cesse les banques et qui peut à chaque moment se porter vers l'emploi le plus lucratif : il ne s'arrête même pas à discuter les conditions complexes qui affectent la mobilité du travail, le savoir, le pouvoir, le vouloir du travailleur ; à ne considérer

(1) Principes, ch. iv, Œuvres, p. 63.

(2) Principes, ch. iv, Œuvres, p. 66.

que certains aspects de ce problème, Cairnes montrera les limites de mobilité de tout ouvrier moyen dans les différentes classes d'industrie, et sa théorie des non conpeling groups, des groupes non concurrents, ramènera déjà vers la réalité concrète (1). Clitre Leslie, l'adversaire de la méthode déductive, étendra la critique à la mobilité du capital et condamnera celte théorie économique qui dépouille le temps et l'espace de leur contenu, et suppose un vide absolu dans lequel aucun obstacle n'arrêterait les mouvements du capital et du travail à la poursuite du gain ; la tendance à l'intérieur d'un pays sera à l'égalité des salaires et des profits... (2). Chose remarquable, pendant que la dynamique de Ricardo, déduite d'une loi physico-chimique, est pessimiste,, sa statique intérieure est plus optimiste que celle de Smith (3) ; c'est que non seulement il la déduit d'un principe psychologique opé- 7'ant sans obstacle^ mais il a résolu la difliculté qui arrêtait Smith ; l'appropriation des terres et la rente ne peuvent modifier la loi de l'échange suivant les quantités comparatives du travail, parce que le prix naturel est réglé par les terres qui ne paient pas de rente. Aux yeux de Ricardo, la société capitaliste tend donc aussi bien que les sociétés primitives à réaliser un ordre naturel.

,§ 2. — Echanges entre nations. — Là aussi gouverne, mais non dans les mêmes conditions, l'intérêt personnel : « C'est l'intérêt personnel qui règle toutes les spécu-

(1) Cairnes, Somc Lcading Principlea of Political Economy, 1874, p. 69 et suivantes.

(2) Cliffe Leslie, Essays in Political and Moral Philosophy, 1899, p. 188 suiv.

(3) Mon désacord avec M. Elie Halévy sur ce point me semble plus apparent que réel, voir son beau livre. Cf. Ric.'^rdo, Œuvres, p. ol-52.

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