IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
déterminée par les quantités respectives de travail. De là, dans Tordre logique, la première thèse de Ricardo : « Lfî même principe qui règle la valeur relative des choses dans un pays, ne règle pas celle des articles échangés entre deux ou plusieurs pays. » (l)
Cairnes a insisté sur ce point, que la théorie de Ricardo n'exige pas qu'il y ait impossibilité pour le capital et le travail de circuler entre nations, il suflît que cette circulation soit entravée essentiellement et généralement, suhstantially and generally [1).
C'est à la discipline inflexible de l'égalité des sacrifices, du travail incorporé au produit, que la concurrence illimitée à l'intérieur d'un pays soumet les intérêts individuels. Soustraits à la rigueur de cette action régulatrice, dans les échanges internationaux, ils seront sollicités par leur plus grand avantage, et l'égalité des sacrifices marquera la limite extrême au delà de laquelle l'intérêt personnel sera déterminé aux échanges, c'est-à-dire que le commerce international n'apparaîtra que si d'un côté et de l'autre, tout échangiste peut obtenir du dehors pour le même sacrifice plus de richesse et d'utilité qu'aie dedans. La loi qui régit le commerce international d'après Ricardo ne serait pas autre, en apparence, que celle que Condillac appliquait inditTéremment au commerce intérieur et au commerce extérieur : « Il est faux que dans les échanges, on donne valeur égale pour valeur égale ; au contraire, chacun des contractants en donne toujours une moindre pour une plus grande. » (3) Mais Condillac
(1) Ricardo, Principes, ch. vu. Œuvres, éd. Guillaumin, p. 105.
(2) Cairnes, Somc Leading Principles of Political Economij, p. 363.
(3) Co.NDiLLAC, le Commerce et le Gouvernement, éd. Guillaumin, p. 267.
confondait la richesse avec la valeur, ce que distinguait avec soin Ricardo : chacun des échangistes internationaux acquiert pour la même somme plus de richesses^ mais toutes choses égales, la somme des valeurs, donnée par le travail, reste à l'intérieur de chaque nation limitée comme elle l'était au moment de l'échange : de là, cette seconde thèse de Ricardo : « Le commerce extérieur, quelle que soit son importance, ne saurait augmenter tout à cou[) les valeurs nationales, quoiqu'il contribue puissamment à accroître la masse des choses utiles, et par conséquent celle des jouissances. » (l)
On peut simplifier l'exposition de ces thèses en admettant que le commerce ne s'étende qu'à deux nations et n'embrasse que deux marchandises. C'est la méthode, conforme au génie de Ricardo, à laquelle ont recouru depuis, J. Stuart Mill, Cairnes, Cherbuliez, Bastable, Lorini. En partant des données irréductibles, réduites par l'analyse à la plus grande simplicité possible, on reconstitue systématiquement, par l'introduction successive d'éléments nouveaux, la complexité des échanges effectifs ; J. S. Mill et récemment Bastable ont donné de belles illustrations de l'emploi de l'hypothèse dont Condillac avait été le remarquable inslaurateur.
Supj)osez avec eux deux Etats A et R et deux marchandises : X et y. Dans l'Etat A, les marchandises x et y s'échangent dans les rapports de lO.r contre 20 y : c'est-à-dire, d'après Ricardo, qu'à ce rapport correspondent des quantités égales de travail. Dans l'Etat B, les mêmes marchandises x Qiy s'échangent dans le rapport
(1) Ricardo, Principes, ch. vu. Œuvres, édit. Guillaumin, p. 100. Maltlius confirme cette tlièse au moins temporairement. V. Mal- THUS, Principes, éd. Guillaumin, p. 347.