‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 79 sur 229 · IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO · texte numérisé non relu

IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO

lations du commerce, a dit Ricardo ; et là où il peut être établi clairement et d'une manière satisfaisante, nous ne saurions où nous arrêter si nous admettions quelque autre règle d'action. » (1) L'intérêt des nations se résoud dans la somme des intérêts des individus qui les composent. « Le premier point à considérer est : quel est l'intérêt des nations dans le cas supposé? Le second : quelle est leur pratique ? Il est évident que je n'ai pas à être trop inquiet de ce second point : il suffit pour le but que je poursuis que je puisse clairement démontrer que l'intérêt du public est tel que je l'ai établi : ce ne serait pas me répondre, que me dire que les hommes ignorent le moyen le meilleur et le moins onéreux de conduire leurs affaires et de payer leurs dettes, parce que c'est une question de fait, non de science^ et que l'objection pourrait être élevée contre toute proposition d'économie politique. » (2) Tout Ricardo est dans cet extrait d'une lettre à Malthus. Les causes modificatrices des causes générales n'intéressent que la pratique : il les écarte dans la théorie. L'action de ce facteur psychologique est à ce point sûre et efficace qu'il suffit non seulement à expliquer le commerce entre nations, mais à régulariser le mouvement international des métaux précieux.

a J'admets que les nations dans leurs transactions commerciales sont si portées vers leur avantage et leur profit, particulièrement dans l'état actuel si avancé de division du travail et d'abondance de capital, qu'en fait la monnaie ne se déplace jamais que lorsque c'est avan-

(1) Ricardo, Appendix to High Price of Bullion. (2; Letters of fiicardo to MuUhua, éJit. Boaar, 22 octobre 1811, p. 18.

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tageux pour le pays qui l'envoie et pour celui qui la reçoit. » On verra plus loin que l'intérêt national s'identifie ici avec l'intérêt personnel. Mais l'intérêt personnel n'agira pas dans les mêmes conditions qu'à l'intérieur du pays, et par lu différera profondément la théorie de la valeur relative des marchandises entre nations, de la théorie de la valeur à l'intérieur d'un pays. Aux yeux de Ricardo, la mobilité du travail et du capital à l'intérieur d'un pays permet d'en rechercher toujours l'emploi le plus profitable : les profits des divers emplois du capital ne diffèrent que dans la mesure oîi ils sont sûrs et agréables. Les produits s'échangent dès lors selon la quantité de travail qu'ils ont coûtée : il n'en est pas de même de pays à pays, à raison des obstacles qui s'opposent à leur déplacement, et qui, entravant l'opération de la concurrence, empêchent la réalisation de l'équilibre des valeurs suivant les quantités de travail; Ricardo signale lui-même la crainte bien ou mal fondée de voir s'anéantir au dehors un capital dont le propriétaire n'est plus le maître absolu, et la répugnance naturelle que tout homme éprouve à quitter sa patrie et ses amis ; il souhaite même que ces sentiments ne s'affaiblissent pas. (1) Halévy a heureusement réuni sous le nom de solidarité nationale ces mobiles nouveaux. (2) Seulement il serait excessif de dire que la théorie des échanges entre nations est tout entière fondée sur elle : le mobile éo-oïste est toujours l'artisan de l'ordre économique, mais son action est profondément modifiée par cette solidarité nationale, et les obstacles à la concurrence qu'elle entraine, et la valeur entre nations ne sera plus

(1) Ricardo, Œuvres, édit. Guillaumin, p. 108,

(2) E. Halévv, Le radicalisme philosophique, III, p. 22.

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