‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 84 sur 229 · IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICAEDO · texte numérisé non relu

IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICAEDO

pays : « telles m'apparaissent les lois qui régissent la distribution des métaux précieux, sur le globe, et qui, en déterminant leur valeur, provoquent et limitent leurs migrations d'un pays à un autre. »

L'équilibre entretenu par la circulation purement métallique, peut être modifié par les billets de banque faisant office de monnaie.

Le cours du change a, si la circulation est purement métallique, des limites données par les frais d'exportation et d'importation, et l'assurance des métaux précieux. Si la circulation se compose de monnaie métallique et de billets de banque convertibles en monnaie métallique, les limites restent assez sensiblement les mêmes ; mais il n'en est plus ainsi si les billets sont inconvertibles, à cours forcé; si l'émission de ces billets a été excessive, le cours du change peut subir des dépressions plus grandes, la hausse des prix des lingots peut dépasser leurs frais de transport et d'assurance, parce que le billet inconvertible ne trouve aucun débouché quand il est trop abondant sur la place, et le haut prix des lingots révélera l'exagération de l'émission. Ce fut l'interprétation que Ricardo donna à la situation de la Banque d'Angleterre en 1809 : le cours forcé de ses billets remontait au 3 mai 1797 ; pendant près de 9 ans, jusqu'à la mort de Pitt (janvier 180G), il n'y eut pas de véritable exagération dans l'émission, mais il n'en fut pas de même après ; le montant de l'escompte, qui nélail que de 3 millions de livres en J79o, s'éleva à 1.^ millions en 1809, à 20 millions en 1810. Le haut prix des lingots traduisait la dépréciation des billets de banque. (I) L'écrit célèbre de ilicardo, publié sous ce

(I) Voir le livre de Wolowski, la Banque d^ Angleterre, Paris, 1867, p. 35 et suiv.

titre, fut le premier terme d'une série de travaux d'une importance considérable : le rapport de Horner, Huskisson, Thornton, sur les causes du haut prix de l'or en lingots ; Vact de 1819 ordonnant la reprise des paiements en espèces ; Y ad de 1844 réorganisant la Banque d'Angleterre.

La préoccupation de Ricardo était de garantir le public contre toute dépréciation des billets de banque, qui ne fût pas déterminée par les variations de l'étalon monétaire lui-même, et de recourir à l'instrument de circulation le moins onéreux : c'est l'idée dominante qui lui inspira son Projet de banque nationale. Il révèle sa défiance à la fois à l'égard de l'Etat et des banquiers; l'expérience lui enseignait que toutes les fois qu'un gouvernement ou une banque ont eu la faculté illimitée d'émettre du papier-monnaie, ils en ont abusé. 11 se fonda sur une différenciation organique à établir, pour réaliser la double fonction de l'émission et de l'escompte ; il ravit l'émission à la Banque pour la confier directement à l'Etal ; c'est en ce sens seulement qu'elle devenait Banque nationale, car la fonction de l'escompte restait à la Compagnie privilégiée.

Le projet autorise, à concurrence d'une somme rigoureusement définie (25 millions), l'émission au delà de l'encaisse métallique, et encore une partie doit-elle en être consacrée à l'achat de lingots. La monnaie fiduciaire est toujours remboursable en or. Le danger d'abus d'émission de la part de l'Etat, Ricardo le conjurait par la création d'un collège de commissaires indépendants du gouvernement, chargés de la gestion et ne pouvant faire d'avances à l'Etat. C'était constituer, pour l'émission, une sorte de personnalité civile distincte, analogue à celle de la Caisse d'épargne en Belgique, et investie d'une auto-

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