‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 85 sur 229 · IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO · texte numérisé non relu

IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO

nomie suffisante pour résister à la fois à l'Etat et au banquier chargé de l'escompte. On a pu critiquer l'œuvre de Ricardo, soutenir que le collège de commissaires était une institution fragile, que l'abus de l'émission est plus à redouter de l'Etat que des banques elles-mêmes, et montrer qu'aujourd'hui révolution même du billet de banque, qui, cédant lui-même au développement du chèque et de la compensation, tend à revenir au cerlitlcat de dépôt, dont l'émission est souvent couverte par l'encaisse, ne laisserait aucune part de bénéfice à l'Etat. Ce n'est pasàce point de vue qu'il faut juger l'œuvre de Ricardo : il faut y voir une vaste et puissante conception du commerce national et international, de la circulation monétaire et fiduciaire, tout entière soumise à l'intérêt personnel des particuliers, tendre, sous l'empire de cet intérêt, à la réalisation constante d'un éauilibre mobile, g-ae-e de la stabilité de la vie économique des nations, mais exigeant, pour échapper aux altérations abusives de la valeur des instruments des échanges, une intervention régulatrice suprême. C'est la plus haute expression que l'on puisse donner à la statique de Ricardo.

J. Stuart Mill a dit qu'avant Ricardo la théorie du commerce extérieur n'était qu'un chaos inintelligible : c( Aucun des écrivains qui l'ont précédé, ajoute-t-il,neparait en avoir eu le soupçon, et il yen a peu, depuis, qui en aient compris toute l'importance scientifique. » Les travaux modernes sur riiistoire de la science confirment, dans une large mesure, l'opinion de Mill : « Ricardo, a dit justement Bastable,abeaucoup plus de droits d'v attacher son nom, qu'à la soi-disant théorie ricardienne de la rente.» (1)

(1) Bastable, La thcorie du coiyimerce iyitemalional, édiLSauvaire. Jourdan, p. 111.

Et Gonner plus décisif encore ; « Avant Ricardo, tout était confusion, après lui, il fut possible de considérerla question de la valeur internationale comme un cas particulier du problème général de la valeur : cela devint possible, parce que les caitses delà diiïérence des lois réglant l'échange intérieur et l'échangeextérieurontété définies, La loi du coût comparatif fut une grande, sinon/a c/rande découverte de Ricardo. » (1) Les premiers aperçus de Ricardo sur la loi de distribution des métaux précieux se trouvent dans son écrit sur le haut prix des lingots (1809) ; c'est là (jnil exprime l'idée que « lor et l'argent se distribuent entre nations, suivant certaines proportions qui ne seraient pas altéréespar leur quantiléabsolue,fùt-elle extrêmementréduite ou extrêmement abondante ». (2) Ricardo invoque l'autorité de ses devanciers : c'est que, malgré la puissance de son génie, il se rattache par une filiation naturelle et nécessaire, aux économistes du xviii^ siècle : themost approved wriiers in political economy. David Hume, dans ses Essais sur la monnaie et la balance du commerce (1752), s'applique à établir que sous l'empire de causes naturelles, contre lesquelles les efforts du législateur sont impuissants, il tend toujours à s'établir dans chaque nation une circulation monétaire proportionnelle à l'activité de chacune d'elles. David Hume intervertissait le rapport admis par l'Ecole mercantile, c'est-à-dire que restituant, comme Boisguillebert et les physiocrates, sa fonction instrumentale à la monnaie, et la subordonnant à la masse des richesses consommables que la monnaie fait circuler, il affirmait, à raison de cette subordination, qu'elle estnaturellement en proportion définie avec cette masse. La formule

(i) Gonner, Introducloru Essay on Principles, p. 57. (2) Œuvfes, édit. Guillaume, p. 404.

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