IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
entre les deux grands représentants de l'Economie politique classique. On y voit que Alalthus a contribue', à côlé de Sismondi, à préparer la révolution scientifique qui s'est accomplie aujourd'hui, et à donner une direction à la fois historique et éthique à la science ; à ramener de l'abstraction vers la réalité complexe, de la considération de la richesse à la considération de l'homme. Si le jugement de l'histoire a ici été s tardif, c'est que Ricardo avait réussi, par sa méthode même, à exercer sur les esprits une attraction irrésistible. La théorie de Ricardo avait été accueillie par James Mill, Mac CuUoch, Nassau Senior; et comme l'a ditJ. Bonar, Ricardo avait régné plus de trente ans dans la science, quand il veut dans l'école des signes de défection, quand le fils de James Mill, John Stuart Mill, rompit (1848) avec les traditions de son père. Thornton, Cliffe Leslie, Walker devaient ensuite portera l'extrême la réaction contre Ricardo, mais l'éclipsé de Ricardo ne réussit pas à tirer les Principes de Malthus de l'obscurité (1).
Ricardo ('tait non seulement remonté aux causes des phénomènes de distribution et de répartition des richesses, mais il avait réduit ces causes au plus petit nombre possible, et tracé l'exposé systématique de leur opération. C'est cette netteté, cette rigueur, cette unité dans une matière aussi compliquée qui fut le secret de l'étonnante puissance de Ricardo {'!). Par la simplification même des causes, il jetait une lumière très vive sur des questions si profondément obscures encore pour A. Smith. L'iiistoire lui devra au moins celte
(1) James Bonar, Malllnn and his Work, p. 209. Voyez encore le même ouvrage p. 205 et suiv.
(2) V. Patten, Malthus and Ricardo, p. 20 et suiv. Denis II. lu
justice d'avoir préparé une élaboration méthodique ; mais les lignes générales étant tracées^ les progrès de la théorie ne pouvaient plus se faire que contre Ricardo lui-même^ puisqu'ils devaient consister surtout à faire redescendre l'explication scientifique des hauteurs de l'abstraction vers les phénomènes concrets. Malthus, si profondément uni à Ricardo sur les fondements individualistes de la conception économique, portant avec lu la' même empreinte des préjugés de son temps, n'en est pas moins l'un des premiers artisans de cette rénovation de la science contre Ricardo.
Pour se faire une idée de la fermeté d'esprit, de la puissance d'analj^se de Malthus, il faut lire les cha])ities de ses Principes consacrés à la définition de la richesse, à celle du travail productif, en 3^joignant]e volume sur les Définitions en économie politique. Autant que Gondillac il reconnaît l'importance d'une langue scientifique bien faite. En présence du désaccord qui existait de son temps et dont se moqua si cruellement Comte, sur le sens des mots richesse, capital, travail productif., valeur et bien d'autres, il s'était demandé s'il n'y avait pas lieu de créer UQe nomenclature nouvelle, comme l'avaient fait Lavoisier, Haûy et Cuvier ; mais il redouta l'hostilité de l'opinion, et se résigna à préciser le sens des termes employés dans la science. Malthus s'applique à dégager les caractères irréductibles de la richesse et à justifier sa matérialité, en restant fidèle à la tradition des Physiocrates^ et de Smith, et en condamnant l'extension téméraire de cette notion aux choses immatérielles, et auxservices présentant, avec la richesse matérielle, le caractère commun de V utilité ; sa critique est lumineuse ; il avait exclu d'aburd de la notion de richesse, toutes les richesses naturelles qui n'exigent aucun travail ; plus lard, il limita