IV. — LA. STATIQUB ÉCONOMIQUE DE RICARDO
est subordonaée, dans la pensée de Ricardo^ à l'économie politique, et rien ne le montre mieux que ce passage d'une lettre à Trower : a A Tégard de Timpôt^ un large champ est ouvert à ceux qui songeront patiemment a éclairer le public ; mais le premier pas doit être de faire connaître les principes de Téconomie politique» et c est ce qui reste à accomplir ». Sans des notions correctes sur la rente, nul ne comprendra qu un impôt sur le sol ne retombe Cnalement sur le propriétaire» et c'est en vain qu'on discutera jusqu'à ce que la nouvelle doctrine sur la rente soit admise (1). G' est pourquoi la théorie de Timpôt forme la seconde partie des Principes^ c'est pourquoi son exposé reproduit la classiticationde la première partie de l'œuvre. L'incidence et la répercussion des divers impôt spéciaux sont le principal objet des recherches de Bicardo, et Texposé des causes générales qui tendent à réduire les profits, trouve son complément naturel dans la théorie de l'impôt ; le progrès de la taxation y concourt seul d'une manière permanente avec la loi du rendement décroissant du sol (2).
Une distinction fondamentale marque la limite normale du ^domaine de l'impôt. Tout impôt atteint -effectivement le capital ou le 'revenu, qu'il ait ou n'ait pas d'ailleurs nominalement pour assiette le capital ou le revenu. S'il frappe le capital, il diminue proportionnellement le fonds destiné à l'entretien de l'industrie du pays, et dont l'importance règle le développement qu'elle peut recevoir. De plus, il altère la distribution normale du capital. S'il frappe le revenu, la production se maintient, mais il aifaibiit l'accumulation du capital, et contraint
(i) UtUys of Ricardo to Malthus, 9 nov. 1849, p. i64. (2) Letters of^ Ricardo to Trower, 25 sept. 1819, p. 83-84,
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le contribuable à réduire sa consommation d'objets de f luxe. De là, le principe dirigeant deRicardo, qu'il est de i l'intérêt de tout gouvernement, de ne jamais lever des impôts atteignant inévitablement les capitaux. Une seconde proposition générale précise la première. Les Physiocrates avaient soutenu que c'est le produit net de la terre qui seul supporte finalement Timpôt. Ricardo, avec une notion élargie delà production nous dit : c'est au moyen du revenu net de la société que s'acquittent les taxes (1). Le revenu net c'est l'excédent du revenu brut, de Tensemble du produit annuel de la terre et de l'industrie, au delà des frais nécessaires de la production. C'est là, et non dans le revenu brut, qu'il faut chercher la mesure des facultés de payer l'impôt (2). Nulle part, pcut-ôtre, Ricardo n'a rendu plus saisissantes les conséquences de sa tendance à Tabstraction, et de son rigide individualisme. L'intérêt fiscal considéré à part des autres aspects de l'intérêt social, au seul point de vue de la puissance de la nation, en devient l'expression unique, et la société elle-même est conçue à l'image d'un capitaliste individuel mù exclusivement par l'intérêt personnel (3). Qu'importe au capitaliste individuel que son capital entretienne 100 ou 1000 travailleurs, si ses profits restent les mômes ; la sociélé à son tour n'entreliendrat-elle pas autant de travailleurs non productifs, dans ses armées et ses flottes, si son revenu net reste le même, bien que le revenu brut puisse nourrir un nombre plus ou moins grand de travailleurs productifs?
Ce sera là l'un des aspects d'une science économique
(1) PnncipeSf ch. xxxii, trad. édit. Guillaumin, p. 390.
(2) Ibid,, ch. xxvr, p. 320.
(3)26îrf., p. 317-318.