IV. — lA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
Ricardo, dans sa réfutation, s'appuie sur la théorie nouvelle de la rente. La rente ne fait pas partie du coût de production. Il y a des capitaux considérables appliqués à la culture des terres, qui ne paient pas de rente au sens de Ricardo, et dont le coût de production règle le coût du marché ; pour celles-là l'impôt ne peut être compensé par la réduction de la rente, il ne pourrait Tètre que par la hausse des prix ; mais si l'impôt sur le salaire est général^ la hausse de tous les prix ne peut avoir pour effet de soustraire les entrepreneurs capitalistes, agricoles ou industriels, au fardeau de l'impôt ; consommant les produits les uns des autres, ils restent après la hausse dans les mêmes situations relatives, d'une part ; de l'autre, la question se pose entre eux et les travailleurs dont le standard of life est conçu comme immuable, et dont le salaire s'élèvera partout dès lors, aux dépens des profits.
La même théorie éclaire l'impôt sur la rente foncière, c'est-à-dire le prix de la jouissance des facultés productives naturelles du sol, inégalement réparties. Les terres les moins fertiles ne donnant pas de rente ne paieront pas l'impôt, il n'y aura dès lors aucune raison de hausser le prix des produits agricoles ; les terres donnant une rente seront seules atteintes par l'impôt, et le propriétaire ne pourra le reporter sur personne. Celte théorie ne s'applique rigoureusement qu'à la rente ; le fermage payé par le locataire renferme, outre la rente, l'intérêt de tous les capitaux engagés dans le sol et les constructions ; un impôt sur les fermages pourrait donc atteindre des terres ayant une rente et d'autres n'en ayant pas, il se diviserait dès lors théoriquement et pratiquement dans sa répercussion, à peine d'atteindre le fermier dans ses proGls ordinaires ; une partie serait supportée
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par les propriétaires, une autre devrait rejaillir sur les consommateurs des produits. La dime diffère elle aussi de l'impôt sur la rente, elle affecte des terres qui ne paieraient pas cet impôt, et elle détermine la hausse des prix, ce qu'il ne fait pas. Sous le aom d'impôt foncier, (land tax) Ricardo comprend des formes d'impôts fort différentes au point de vue de leurs effets : l'impôt sur la rente d'abord, dont il est question plus haut ; Timpôt proportionnel au produit agricole qui se confond avec la dime ; enfin l'impôt proportionnel à la surface cultivée, quelle qu'en soit la fertilité. Un tel impôt frappant également les terres les moins fertiles hausserait les prix, mais par là même il élèverait la rente des terres fertiles, et méconnaîtrait la règle de Smith, suivant laquelle l'impôt doit faire sortir des mains du peuple le moins d'argent possible, au delà de ce qu'il rapporte au Trésor. Le consommateur en paierait une partie aux propriétaires favorisés; on peut soutenir avec M. Gonner que de nouveaux capitaux appelés sur les terres fertiles, donneraient les mômes profits, détermineraient l'abandon des terres les plus pauvres, par suite la baisse des prix et de la rente (1) ; mais l'effet immédiat de cet impôt hypothétique serait bien celui qu'indique Ricardo.
Nous nous sommes appliqué dans ce qui précède à montrer les rapports de la théorie de l'impôt de Ricardo avec sa théorie de la répartition des richesses, et l'unité de l'œuvre, à travers les négligences et le désordre de l'exposition, éclate dans toute sa vigueur et sa netteté. Ainsi pour la méthode ; ce que Roscher et Seligman
(1) Gonner, Pnnciples of Ricardo, note, page 163. Introductory Bway, §21.