IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
ils ne hausseront pas le salaire, celui-ci peut en supporter une part, s'il s'élève au-dessus du taux naturel ; les impôts sur les produits nécessaires à la vie tombent en partie sur les riches, mais pour la plus grande partie sur ceux qui vivent de salaires. La seule différence entre un impôt direct sur les salaires, et un impôt sur les objets de première nécessité, c'est que celui-ci est nécessairement suivi de la hausse des prix. La répercussion dernière s'en opère sur les proQts. La thèse fondamentalàl de Ricardo est que le salaire naturel, déterminé par lesi causes générales, doit être considéré comme fixe, comme immuable. C'est l'idée maîtresse à laquelle il faut toujours revenir, c'est la condition de la conlinuité de la production, de la stabilité de l'équilibre. Telle est la puissance généralisatrice de Ricardo qu'il importe peu, à rexcepiion de l'effet immédiat, que l'impôt pèse directement sur le salaire ou le profit. Ces mots : à rexcepiion de l'effet immédiat, marquent, dans ce raisonnement abstrait, la place de la réadaptation plus ou moins lente et pénible des prix à l'impôt, du salaire aux prix. La théorie du fonds prédéterminé des salaires subit une manifeste altération, ou plutôt (f est le produit du travail qui apparaît en définitive comme le vrai fonds, plus flexible, à partager entre le salaire et le profit. Au mo* ment où un impôt sur lés salaires est établi, l'état des fonds destinés à Fentretien des travailleurs est précisé ment suffisant pour les besoins de lapopulation (1). Quel 6era l'effet de l'impôt? L'offre de travail restera la môme puisque la population est la même ; la demande de salaire, qui en est inséparable, est fondée sur le même standard of life inflexible mais dont le prix s'élève ; la
(1) Ricardo, PrincipeSy édit. Guiilaumin, p. 194.
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demande de travail reste, ce que niera Say, sensiblement la même, et, ici, Ricardo expose que Timpôt sera consacré à rémunérer des travailleurs nécessaires, bien qu'improductifs, TËtat fera concurrence aux entrepreneurs, l'offre des salaires, ou le fonds des salaires, devra s'élever, et ce ne peut être qu'aux dépens du prodnitn et, ici des profits. L'impôt général sur les salaires est un impôt sur les profits. Ici Mac Culloch, le disciple fidèle, a été moins rigide que le maître. Il n'admet la répercussion inévitable sur les profils que si le salaire naturel se ramène au salaire nécessaire, à ce qui suffît strictement à soutenir le travailleur et sa faïnille ; hors de là le salaire peut être ïrappé d'une manière durable, et le j/ahdad of H fa s'ab^giisse (1). Dans une note de la troisième édition des PrincvpeSy en maintenant la môme répercussion dans le texte (2), Ricardo reconnaît que Texpression est peut-être trop rigoureuse (3). Cette atténuation de ce que Seligman appelle la doctrine absolue^ est confirmée par les notes manuscrites de Ricardo (4). La pensée abstraite a ainsi fléchi.
L'impôt ne pourra être finalement perçu aux dépens de la rente du propriétaire. Ici aussi, après avoir combattu Buchanam, Ricardo combat Smith. Selon la thèse de Smith, reflet de celle des Physiocrates, l'impôt sur les salaires ou les profits retentit sur la rente du propriétaire, le fermier étant en état de moins lui donner.
{i) Bdimbtirg Bcvicu\ Jauuary, 1820, cité par Hollander, Letl-en of David Ricardo to Mac Culloch, note p. 5»9-6i.
(2) Ricardo, Principes, édit. (àuillaumin, 318.
(3) Ricardo, Principlesof Politlcal Economy and Taxation, édition Gonner, p. 336. La note ne fip;ure pas dans Tédition française.
(4) Hollander, Letters of Ricardo to Mac CiUloch, introduction et p. 60. Seligman^ On the Shifting and Incidence of Taxation^ ch. H, et p. 76.