V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE SISMONDI
venuy alors même qu'il y aurait un très grand nombre d'individus mal nourris, mal vêtus, mal logés. On peut, dit-il, créer beauco#p plus de richesses que les pauvres ne sont en état d'en consommer, car il n'est nullement douteux que leurs besoios ne soient très étendus, et qu'ils ne soient très disposés à être mieux nourris, mieux vêtus, mieux logés ; mais ils n'ont rien à donner en échange, que leur travail, ou le revenu qu'ils obtiennent en vendant leur travail.
rLe revenu, la distribution annuelle du revenu social deviendra ainsi lapierre angulaire de toute la conception de Sismondi./Sismondi admet trois sources per« manentes de richesses (1) : la terre, dont les forces spontanées sont dirigées par Thomme ; le capital employé à salarier le travail; la vie qui se manifeste par ]a puissance de travail dans l'ordre économique. /C'est le travail qui féconde les deux autres sources de richesses. ,6ismondi le conçoit comme ayant la propriété de reproduire quelque chose de plus que sa propre valeur, c'est-à-dire que celle des subsistances contre lesquelles le travailleur échange sa force de travail. La valeur du produit du travail dépasse donc la puissance acquisitive des subsistances qui l'ont engendrée, le pouvoir d'échange qu'elles ont contre toute richesse autre. Si de la valeur du pro« duit obtenu par le concours des facteurs de la production on déduit donc la valeur des matières employées, celle du capital fixe consommé, celle des subsistances du travailleur^ il restera un excédent auquel Sismondi donne le nom de mieux^value (2) ou plus-value (3). Cette
(1) Nouveaux Principes, I, 101 et suiv.
(2) Mieux^value, voyez Nouveaux Principes, I, 1C3, édition de 1837.
(3) Les mots plus^-value se trouvent dans Sismondi et n'ont pas
Denis II. 20
306 DBUXIÈMB ÉPOQUB. -r- LA SCIBNGB DBS RICHBSSBS
mieux'value, c'est le produit net des Physiocrates conçu d'une manière générale, étendu à l'industrie et à Tagriculture, qui sont considérées Tune et Vautre comme.productives depuis Adam Smith. Elle est identique à ce que Karl Marx appellera la plus-value, ot qui, combinée avec la théorie de la valeur de Ricardo, servira de base à sa critique du capital.
Ktrl Marx
Siiinonai
Production antérieure
Production actuelle
Plus-value
Mieux-value
Mienx-valae
excédent du produit
sur les avances
Capital variable
Valeur ^ des subsistances du travail
Subsistances du travail i
Capital constant
Du capital fixe
et des matières
premières
— ■ — ■ a, Capital fixe l^ et ] matières premières
Cette plus-value constitue le profil du travail (l) y le
été introduits par Marx dans la science : « Soit que Thomme consacre son travail à Tagricalture et aux arts industriels, il augmente la valeur et la quantité des matériaux sur lesquels il s'exerce : il en fait sa richesse, et cette richesse est supérieure en valeur aux avances au moyen desquelles elle a été obtenue. La supériorité du produit annuel 'du travail de Thomme sur ses avances annuelles comprend tout le revenu de la société, mais cette plus-value a deux évaluations diflérentes, Tune d'après le travail qu'elle a coûté, et l'autre d'après le besoin qu'en éprouvent ceux qui l'emploient à leur usage n. Etudes d*Economie politique, î, p. 94, éd. belge, 1837.
(t) Etudes, I, p. 95.