V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DB SISMONDI
profit qui résulte do la richesse (1) ; elle comprend tout ce qui est recueilli par les propriétaires et les entrepreneurs capitalistes sous les formes de profit^ àHniéréty de rente (2) ; car Sismondi considère que sous Tempire de la concurrence, et dansTétat d'insolidarité générale qu'il observe, les travailleurs ne reçoivent en échange de leur iravail que la subsistance ; que le capitaliste et le pro- {)riétaire s'efforcent de ne laisser à l'ouvrier que justement ce qu'il lui faut pour maintenir sa vie^ et se réservent tout ce que l'ouvrier a produit par delà la valeur •de celte vie (3). Marx dira : la valeur de la force de travail ; c'est en combinant la théorie de la valeur de Ri- ^ardo avec la théorie de la plus-value de Sismondi (4), ^'est en faisant du contrat de travail une vérilable vente •de la force de travail, en comparant la quantité de travail exprimant la valeur de cette force à la quantité de travail qui en est dégagée pour être incorporée au produit, c'est en déduisant les conséquences juridiques de <ïette comparaison, que Karl Marx a constitué les fondements de sa conception scientifique du socialisme. Sismondi n'est pas loin de faire du contrat de travail une vente, mais il ne peut en déduire les conséquences rigides de Marx, parce qu'il rejette précisément la théorie <le la valeur de Ricardo. C'est là qu'est le caractère ditTérentiel le plus profond des doctrines^ dans la théorie <le la valeur d'échange, où Sismondi voit la plus grande Réception de la Ghrématistique (5). Ricardo déduit de sa
(1) }^ouveaux principes^ I, i03.
(2) Ibid., p. 104-105.
(3) Ibid., p. 103.
(4) Très bien compris et mis en lumière par M. Âftalion : Ij'œuvre économique de Simonde de Sismondi^ p. 122 et suiv.
(}i) Etudes, II, p. 162.
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théorie de la valeur basée sur le travail une statique optimiste, abstraite, une tendance incessante à Téquilibre de la production et de la consommation, ne pouvant connaître que des perturbations particulières. Sismondi, considérant une société historique avec la distinction des classes et la répartition variable du revenu social, ramène au premier plan, comme l'a fait Malthus, et avec Malthus, le rapport dj l'ofTre et de la demande dans la détermination de la valeur des produits. On verra Owen et Thompson essayer à leur tour de rétablir Tunité du travail et du capital, et avec elle, l'équation de la production et de la consommation.
Nous sommes maintenant en possession de la notion du revenu : le revenu, c'est la mieuct-value, plus la valeur de la force de travail, valeur qui ne se réalise que par réchange du travail contre la subsistance, c'est-à-dire contre une portion du capital de la classe riche, et qui a pour mesure cette portion du capital. Si du produit brut annuel d'une nation on déduit l'équivalent des matières premières et des capitaux fixes qui ont été consommés pour l'obtenir, ce que Marx appellerale capital constanty tout le surplus, mieux-value, et valeur de la force de travail mesurée par les subsistances des travailleurs, ou capital variable de Marx, constituera le revenu : c'est ce revenu qui s'échangera contre la production de l'année nouvelle. C'est donc à chaque moment un revenu déterminé par le partage Am produit antérieur ^ qui sert de mesure à la consommation de chacun. Le revenu de chacun est la mesure de ce qu'il peut consommer normalement^ l'ensemble des revenus de tous est le revenu social, la mesure de ce que tous peuvent consommer réellement (1).
. (1) Essais, I, p. 44.