V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE. SISMONDI
La classe ouvrière ne peut jouir, dit-il, des fruits du travail qu'en le vendant à Tentrepreneur^ il ne peut retirer son revenu qu'alors. Hors de là, la puissance de travail n'est rien si elle n'a pas d'acheteur ; l'ouvrier ne peut régler sa dépense que sur le prix auquel il vend sa force de travail (1).
Il n'y aura d'équilibre stable, d'ordre constant dans la société, que si le revenu, avec les divisions qu'il présente dans l'état social actuel, permet à la consommation d'absorber normalement et régulièrement la production actuelle ; et Sismondi admet, sans aucune hésitation, que la production actuelle puisse être surabondanle relativement ^ux revenus dont disposent les dilTérentes classes so- «ciales ; si les produits de luxe consommés par les riches ^ont deux fois plus abondants relativement à leur revenu, leur prix baissera par exemple de moitié : alors ces riches, qui gagneront comme consommation par cette baisse de prix, perdront comme revenu ou même comme capital, car ils ont leur capital engagé dans la production ; s'ils perdent comme capital^ il y aura une diminution actuelle dans la demande de travail, et par conséquent dans le revenu des travailleurs ; s'ils perdent comme revenu^ il y aura diminution dans la demande future des produits du travail et du travail même.
Sismondi s'est élevé ainsi à une loi très simple mais très importante : c'est la loi qui exprime la subordination de la consommation au revenu, et à la distribution du revenu dans les différentes classes sociales.jLe revenu d'aujourd'hui est né de la production antérieure, c'est hii qui fixera les limites de la consommation du produit actuel J Si donc la production actuelle doit être absorbée
(4) Nouveaux Principes , 1, p. lU.
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par la consommation y la consommation à son tour sera déterminée par le revenu. Tel sera la limite de la satisfaction des besoins. Sismondi ne les croit d'ailleurs pas susceptibles d'uae expansion illimitée^ comme on Ta admis depuis. Le diagramme est destiné à montrer d'abord cette subordination des fonctions. J'ai mis en présence le mouvement social de la richesse dans Tannée écoulée, et qui a permis de. réaliser le revenu qui va s'échanger contre la production de Tannée actuelle. Ce revenu est donc, relativement à la production actuelle, une grandeur prédéterminée actuellement inextensible, et n'obéissant pas à la grandeur de la production actuelle, ce que Sismondi s'attache surtout à établir contre TEcole chréma* tistique (I). Les deux cercles se croisent dans la fonction de VEchange ou Distribution. L'échange apparaît là comme le cœur intermédiaire d'une double circulation, qu'il règle par ses contractions et ses dilatations successives.
Mais cette loi de subordination nous permet de nous élever à la conception d'un ordre économique normal, d'un mouvement régulier de la richesse dans les sociétés. C'est que tout effet redevient cause à son tour. Si le revenii règle la dépense nationale^ et si normalement il doit faire absorber par la consommation actuelle toute la production actuelle, à leur tour, les producteurs ayant pu reconstituer toutes leurs avances réaliseront une reproduction égale à la production antérieure ; mais la reproduction fera reparaître le même revenu^ et si sa distribution reste la même, il servira encore de mesure à une production nouvelle.
Le diagramme permet de saisir cette circulation indé-
( \ ) Nouveaux Principes, I , p. 1 20> 1 2 1 .
' V. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DEv SlSMONDI 311
finie de la richesse, ces échanges successifs du revenu d'hier avec le produit d'aujourd'hui, cetle succession des phases du mouvement social de la richesse qui reparaissent toujours dans le même ordre, l'effet redevenant sans cesse la cause de phénomènes nouveaux (1). Il permet aussi de descendre dans Tintimité de la vie de nutrition sociale, en représentant par exemple par l'un des cercles le mouvement de la richesse agricole» et par l'autre le mouvement de la richesse industrielle.
Tel serait l'équilibre parfait, la statique économique absolue correspondant à la vie continue, sans accroissement, ni diminution, ni de la richesse, ni de la population. Il exprime un ensemble de relations constantes et invariables entre toutes les fonctions. Il implique que la consommation trouve dans le revenu les conditions d'une acquisition des produits par V échange^ telle qu'elle satisfasse aux besoins. 11 implique que le revenu absorbe la production effective. 11 implique que le producteur, par l'échange, reconstitue à la fois tous les éléments matériels qui ont servi à faire accomplir la production, et lu puissance de travail qui les a fécondés.
§ 4. La djrnamique éoonomique de Sismondi. — La conception d'un progrès économique normal se lie à celle d'un ordre naturel. Ce sera l'accroissement intensif de la vie organique des sociétés.
Si par des améliorations dans les moyens de produire, dans la productivité du travail, la production de Tannée actuelle s'est accrue, le revenu et sa distribution restant les mémeSf le même revenu s'échangera contre un plus grand produit (2). L'excédent du produit servira en par-
(1) Noîiveaux Principes, I, p. 113 et suiv. ^2) Nouveaux Principes, I, p. 120, 12i.
312 DBUXIÈMB ÉPOQOB. — LA 80IBNGB DBS RT0HB8SBS
tie à la jouissance des riches, en paHie sera reversé dans la production ; sous la torme d*instruments de travail, de matières, de subsistances il alimentera un nouveau travail ; l'accroissement du revenu du travail servira ainsi de stimulant à la population^ marquant par là Tun des aspects nouveaux de la loi de subordination des fonctions économiques au revenu^k la réparlition.Lsi production continuera à s'accroitre sous la double influence de l'accroissement de la productivité du travail et du nombre des travailleurs, et avec la production, continuera à croître le revenu. Le cercle primitif exprimant l'ordre invariable se sera transforméen spirale exprixa^ni le progrès dans la quantité, l'intensité de la vie économique de la nation.
Le progrès sera normal si tous ces éléments restent dans le môme rapport dans leur croissance commune (1). Le revenu de la production de chaque année règle la consommation du produit de Tannée suivante quelque peu accrue, et la consommation annuelle absorbe la production totale de Tannée. Les progrès de la consommation suivent les progrès du revenu^ et les progrès de la production suivent l'accroissement du pouvoir de con^ sommer. Tel est le processus naturel, normal. Comme chez Marx aussi, les ruptures d'équilibre, les perturbations économiques dérivent de la méconnaissance ou de Tabandon de la marche naturelle des sociétés économiques.
Ëû vertu de celte loi qui subordonne la consommation au revenu, Sismondi explique comment la balance de la production et de la consommation peut se rompre dans l'état social moderne. En effet, la production restant la
(i) Nouveaux Principes , F, p. H 3.
y. — LA DYNAMIQUE ÉOONOMIQUB DM SrSMONDI 313
même, ua chaagement dans^ la distribution du revenu affectant la consommation^ détruira Téquilibre. -
La tendance maîtresse dans la production est d'obtenir plus de produit avec le même travail, ou le même produit avec moins de travail. Toutes les éparf^nes de travail humain par les machines, les procédés industriels^ la substitution des grandes fermes à la petite cul* ture, sont déterminés par cette tendance même. Ces épargnes sont salutaires à Thumanité quand elles s'accompagnent d'un accroissement de revenu pour la classe ouvrière, ou bien, que son revenu restant le même, elles s'accompagnent déplus de loisir. Mais elles sont redoutables pour la classe ouvrière quand elles s*accompagnent d'une contraction de son revenu, et qu'elles ne sont pas immédiatement suivies d'un relèvement de son revenu. C'est alors que la diminution du revenu retentissant sur la consommation, vient aussi altérer la balance de la production et de la consommation.
Imaginez que ce soit dans l'agriculture que l'économie du travail humain se réalise, par la transformation de terres cultivées en prairies par exemple. L'élimination d'une partie des travailleurs primitivement occupés, la concurrence intense que feront les bras surabondants rejetés sur le marché du travail» déterminel'ont une diminution du revenu de la classe des ouvriers agricoles : par réaction, la consommation des produits manufacturés se réduira ; il en résultera pour les manufactures approvisionnant les classes ouvrières, soit une diminution de revenu, ce qui se traduira par une diminution de la demande future des produits du travail, soit une diminution de capital, c'est-à-dire une réduction de la demande actuelle de travail dans les manufactures.
Assurément dans le cas que nous choisissons comme
3li DBUXIÈMB ÉPOQDB. — LA 8CISNGB DBS RICHBSSBS
exemple, l'accroissement du revenu des propriétaires ruraux qui ont opéré cette transformation aura pour effet, soit d'augmenter la demande des produits de luxe, soit d'appliquer des capitaux nouveaux à d'autres industries, et de provoquer dans les deux cas Taccroissement de la demande de travail. Sismondi ne nie aucun de ces phénomènes, mais ce sont précisément ces réadaptations successives du travail, lentes, difQciles, incertaines ou éloignées qui causeront de cruelles souffrances : le retour incessant des mêmes phénomènes, la manifestation constante de la même tendance se traduiront par une instabilité toujours menaçante, par des ruptures d'équi* libre toujours nouvelles, et qui se répercuteront de proche en proche dans tout Torganisme social.
Résumons dans ses traits essentiels la conception de Tordre naturel des phénomènes économiques, que Sismondi a développée, en opposition avec l'optimisme de ce qu'il appelle l'Ecole chrématislique, et que nous devrions appeler VEcole abstraite.
A tout moment donné, toute production s'échange contre le revenu qui provient d'une production antérieure ou autre f et qui, dans TËtat social historique moderne comprend la rente, le profit, Yintérêt, le salaire : c'est par la grandeur du revenu, ainsi fixée par un partage antérieur, à chaque moment, qu'est limité le pouvoir de consommer de chaque individu, de chaque classe et de la nation tout entière. Ce que l'on appelle là ba« lance de la production et de la consommation, c'est réchange de la production actuelle contre le revenu réalisé, échange opéré dans des conditions telles que, d'une part, toute la production soit absorbée dans le fonds de consommation ; de l'autre, que les producteurs actuels puissent reconstituer leur capital, renouveler leur pro-
y. — LA DYNAMIQUE ÉGONOMIQUIC DB SISMONDI ^15
duction, régénérer le revenu, et en faisant ainsi décrire à la richesse un mouvement circulaire^ constant, ininterrompu, puissent assurer la continuité, la régularité indéfinie de la vie collective de la nation.
De même que la consommation pour chacun est limitée par son revenu^ de même il y a un certain revenu qui assure le mieux possible, au producteur qui le reçoit en échange de son produit, le moyen de reconstituer le capital qu*il a employé, et de renouveler indéfiniment la production ; de même entre la production acluelle et le revenUy\[ y a Un rapport nécessaire pour assurer une reproduction équivalente à la production actuelle et ainsi indéBniment. Si ce rapport vient à être altéré, l'équilibre se rompt, la vie collective est plus ou moins pro« fondement troublée. (Pour Sismondi, Téquilibre sera , rompu si la production excède brusquement le revenu^ ou si le revenu de l'une ou l'autre des classes sociales se contracte et se réduit^ son pouvoir de consommer, ses jouissances se réduisant, en même temps que la re- • production des produits qu'elle consommait est troublée.
Or, ce qui détermine les plus profondes de ces perturbations n*est autre chose que l'intérêt personnel opérant dans un état social on la propriété, le capital et le travail sont complètement dissociés.
Dans cet état, l'intérêt de la classe qui détient la propriété et le capital ne concorde pas nécessairement avec l'intérêt social.
Il y a ainsi un ordre naturel selon lequel le progrès économique doit normalement s'accomplir,pour qu'à l'accroissement de production corresponde toujours un accroissement de jouissances au profit des travailleurs, objet réel à poursuivre par la science.
L'intérêt social est que l'ordre naturel des fonctions
316 DBDXIÈMB ÉPOQUE. ^ LA SGIflNCB DBS RICHESSES
écoDomiques soit respecté : que le progrès du revenu détermine raccroissement de la consommation^ et avec lui les progrès nouveaux de la production.|L*intérët social est que le revenu de la classe travaillantelie subisse pas d'atteinte, puisque la réduction de ce revenu diminue d*abord la somme de jouissance delà classe la plus nombreuse de la société, etque, se répercutant sur la production, elle trouble son équilibre avec la consommation, car le même produit doit s'échanger contre un revenu moindre. ] L'illustration de ces doctrines est dans les livres III et IV des Nouveaux Principes et dans la plupart de ses Etudes. (I«, II«, XIV XV* Essais surtout).
§ 5. La richesse territoriale et le droit économique de Sismondî. — Le livre 111 des Nouveaux Principes, et \é^ Essais III à XI sont consacrés à Tune des deu.^ classes de richesses auxquelles deux types de sociétés correspondent : la richesse territoriale. Ici Thomme demande directement à la terre le fruit de son travail ; par la r<chesse commerciale, il Tatlend d'échanges avec les autres hommes.
Sismondi recherche . quelles sont les institutions légales qui ont pour effet d'assurerles progrès de la culture, et quel est le rôle du gouvernement. Le droit pour Sismondi,comme pour lesphysiocrates, a comme fondement Tintérét social même. Les physiocrates consacraient la propriété individuelle, parce qu'elle représentait pour eux le système de garanties naturelles le plus parfait, qui déterminât rhomme à appliquer son industrie et ses capitaux à la production. La propriété, en assurant à chacun le fruit de son travail, et en attribuant à celui qui avait mis primitivement le sol en état de culture, le droit de jouir et de disposer de ce sol, la propriété garantissait à la fois la plus grande production possible, et permet*
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tait aussi de nourrir la plus grande population possible» Stsmondi admet, comme les physiocrates (i), que la justification de la propriété est dans l'intérêt social. Ce n'est pas un droit supérieur qui est attribué au premier occupant, c*est un droit qui a été accordé en raison de l'intérêt que la société trouve à augmenter ainsi ses moyens de subsistance. Il parle de la propriété comme d'une heureuse usurpation dans ce sens.[^ais la propriété n'aura pas, pour Sismondi, le caractère d'un droit naturel, ce sera un droit historique) L'observation révèle que la propriété manque souveiita sa destination sociale. La propriété, inventée pour le plus grand avantage de tous, peut être employée à causer la misère de tous (2). Conçue pour assurer le plus grand développement de l'agriculture, et avec elle l'abondance des aliments pour tous, elle peut se retourner contre sa propre (in. L'abus du droit de propriété lui paraissait tolérable tant qu'il se restreignait à qutslques individus isolés, qui, se soustrayant à la fonction sociale de la propriété, disaient par exemple : Je ne veux pas que les hommes vivent du produit de ma terre et livraient le sol à la stérilité. Mais dès lors que les excès et les abus de la propriété devenaient généraux, V intérêt privé du propriétaire cessait de se confondre avet: f intérêt public, il n'était plus une garantie suffisante pour l'intérêt de tous : en y cédant^le propriétaire n'assurait plus l'intérêt général,etlapropriété restait sans justification, elle cessait d'accomplir sa fonction sociale (3). Sismondi reconnaissait alors au législateur le droit de limiter la propriété, de soumettre la propriété
(j) Nouveaux Principes, I, 161.
(2) EssaU, 1,232.
(3) Ibid,, II, 233, N. P.. I, p. 160.
318 DBDXIÈMB ÉPOQDB. — LÀ SCIBNGB DBS RK^HSSSBS
territoriale à une législation qui en fit résulter le bien de tous, puisque le bien de tous a seul légitimé cette propriété.
Dans ragricullure, l'intérêt social est que le plus grand produit brut soit réalisé (1), c'est ce qui assure la plus grande masse de fruits du sol à partager entre le travailleur agricole, celui qui dirige les travaux et le propriétaire : et par là c'est ce qui assure par l'échange que les classes agricoles font de l'excédent de leur subsistance, la subsistance de la nation tout entière, l'aisance de toutes les classes (I).
L'opposition de l'économie sociale et humaine de Sismondi et de la chrémalistique n'est nulle part mieux marquée qu'ici. Celle-ci légitimera la poursuite du plus grand produit net, l'objet de celle-là sera de poursuivre le plus grand produit brut ; la richesse est pour celle-ci une fin, et elle aboutit à faire de l'homme un moyen; l'homme est pour celle-là la seule fin, et lu richesse est un moyen ; celle-ci cédera à la logique inflexible des intérêts égoïstes; celle-là ne justifiera l'intérêt privé qu'autant qu'il s'harmonisera avec l'intérêt social.
Sismondi a tracé dans les Nouveaux Principes un tableau des systèmes d'exploitation du sol qui se sont historiquement succédé depuis la constitution de la propriété individuelle : le sol est d'abord cultivé par son propriétaire, c'est l'exploitation patriarcale ; les progrès de la richesse, du luxe et de l'oisiveté ont fait substituer, dans tous les Etats de l'antiquité, l'exploitation par des esclaves ou servile à l'exploitation patriarcale (2). Les invasions des barbares, dans l'empire romain', ont amené
{i) Nouveaux PrincipeSyl y io^»
<2) Nouveaux Principes, I, p. 150,
y. -*- LE DROIT ÉOONOMIQUB DB SISMONDI 319
Tadoption de dîfTérents systèmes propres à rendre aux esclaves un intérêt dans la vie, une affection pour leur travail (i). Tantôt le matlre du sol en partagea les fruits avec le cultivateur : c'est le métayage ou système d'exploitation à moitié fiuits (2) ; tantôt le maître partagea non les fruits du travail, mais le travail môme, obligeant le cultivateur à travailler pour lui gratuitement un certain nombre de jours : c'est l'exploitation par corvées; tantôt le maître, renonçant à faire travailler les serfs pour lui-même, retira de leur travail un loyer : c'est le système de la capitation.
Mais à ces formes contractuelles qui résultent toutes de l'ancien servage, les nations modernes les plus avancées ont substitué en généi^al le bail à ferme, par lequel le propriétaire cède la terre toute nue, moyennant un revenu toujours égal, à un cultivateur qui l'exploite avec ses capitaux (3). Les effets de ces systèmes de culture ont été étudiés par Sismondi plus profondément qu'ils ne l'avaient été par aucun économiste avant lui : il en est deux qui doivent encore nous arrêter aujourd'hui : l'exploitation patriarcale — le bail à ferme. Nul n'a dépeint avec plus d'enthousiasme que Sismondi les effets économiques, moraux, politiques du faire-valoir direct ou du système patriarcal, le bien-être qu'il assure, les vertus qu'il développe, les gages de stabilité qu'il donne à Tordre public. C'est pour lui la forme la plus parfaite de l'exploitation du sol : a Tout contrat, dit-il, tout partage de fruits qui sépare l'intérêt de la propriété d'avec l'intérêt de l'exploitation^ tend à détruire ou du moins à diminuer
(1) Nouveaux Principes, h 165, suiv.
(2) Nouveaux Principes, I, 190.
(3) Nouveaux Principes, I. 189 suiv.
le bon effet que la société avait attendu de l*approprialion des terres (l). C'est la culture patriarcale qui, répondant le mieux aux fîns sociales, réalisera le plus grand produit brut. C'est ià que non seulement l'intérêt pour la terre est le plus vif, mais môme l'affection : par elle, rhomme a travaillé pour ses derniers neveux, parce que rhomme aimait son ouvrage autant qu'il les aimait eux-mêmes. 11 la considère comme un des grands stimulants au perfectionnement de Tagriculture, et comme Tun des freins puissants du principe de popu* lalion ; par elle, la population s'accrott jusqu'à ce qu'elle ait atteint sa limite naturelle : aussi longtemps qij^e les progrès de la science agronomique et Taugmentation du travail permettront, en divisant les héritages, de faire subsister chaque famille nouvelle, la population croîtra, mais il ne faut pas craindre que le propriétaire ^lève ses enfants pour en faire des mendiants (2).\3ismondi a communiqué à Stuart Mill, si préoccupé de la solution du problème de la population, son amour de la petite propriété associée à la cultureTlDans son livre sur Texcès de la population et ses remèdes, Thornton s'est fait, avec une riche illustration de faits, le défenseur de la théorie de Sismondi. Le système du métayage présentait, dans certains Etats comme la Toscane, des avantages analogues par la durée indéfinie même de l'occupation (3); mais ailleurs éclate l'infériorité du système sur le faireva.loir direct par le paysan-propriétaire. Dans certains Etats, Naples, Gènes, Lucques, la division des métairies les livrait à une folle enchère, et pendant que le reiwnu
(i) Nouveaux Principes, I, 2i9.
(2) Nouveaux Principes, I, 166.
(3) Nouveaux Principes, 171.