‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 13 sur 220 · I. — 1.A DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDOROET · texte numérisé non relu

I. — 1.A DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDOROET

Ja société, et vous verrez après toutes vos démonstrations, que ces parties si unies et si nécessaires les unes aux autres, continueront à ôtre divisées, tant qu'on ne leur fera pas un sort égal.

Les Physiocrates qui s'accommodaient des plus grandes inégalités, répondaient que cette concentration ne les effrayait pas, et que la propriété assurant le plus grand produit netpossible, ce qu'ils appelaient dans leur langue bizarre la communication des biens ou l'Echange, supplée avantageusement à la Communauté primitive*

C'est à la conception éthique de la propriété que Godwin appartient avec plus de rigueurencore queMably.

§ 5. Fondements du droit sooialiste d'après Godwin. — C'est au point de vue moral qu'il se place dans la critique et dans les projets de transformation de la propriété, c 11 n*y a rien, dit-il, qui tende plus puissamment à dépraver notre jugement et nos opinions que des notions erronées sur les biens (1)... » Et plus loin : < 11 faut reconnaître que, quelque grands et étendus que soient les maux produits par les monarchies, par Timposture des prêtres et l'iniquité des lois criminelles, ils sont tous faibles et impuissants comparés aux maux qui proviennent de l'administration établie de la propriété (2). »

La propriété est la clef de voûte de l'édifice politique ; c'est par son organisation que la société sans gouvernement peut être conçue et réalisée (3). Aussi Godwin s'applique-t-il à remonter aux principes et à chercher comment et dans quelles limites la propriété se justifie dans l'ordre moral. La justification de la propriété ne

(1) Liv. VIÏI, ch. I, p. 415.

(2) Liv.' VIII, ch. m, p. 446.

(3) II, p. 413.

peut se déduire que du principe même de l'égale et impartiale justice : tous les hommes ayant en partage une commune nature, ce qui réalise Tavantage de l'un conduira à l'avantage de Tantre ; il faut en inférer que tous les biens du monde forment un fonds où tout homme a le même droit qu'un autre de puiser pour la satisfaction de ses besoins. J'ai un droit aux moyens de subsistance, mon semblable a un droit égal ; j'ai un droit à toute jouissance à laquelle je puis participer sans nuire aux autres ni à moi-mOmo, il a le même droit (I).

Des biens qui peuvent ainsi solliciter les désirs de l'homme, (iodwin a fait quatre classes : les moyens de subsistance d'abord, puis les moyens de développement intellectuel et moral, puis les moyens de jouissance non onéreux, enfin les moyens de jouissance qui, sans concourir à notre existence ni à noire développement normal, coûtent cependant une somme considérable de travail et d'industrie (2).

C'est la recherche de ces derniers biens qui forme Tobstacle le plus redoutable à l'égale répartition. Klle naît de Tamour des distinctions, Tun des traits généraux de la nature humaine. Mais cet amour deâ distinctions peut prendre des directions différentes ; la voie qu'il prend aujourd'hui est celle de l'inégalité des richesses ; sous l'empire d'une morale supérieure, c'est dans la pratique de la vertu et des talents que l'homme cherchera à se distinguer, et il repoussera le système de récompense matérielle du mérite que Godwin traduit d'une manière originale : « Si vous êtes méritant, vous obtiendrez cent fois plus de nourriture que vous n'en

(1) Vol. II, p. 416.

(2) J6irf.,p. 417.

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